Se faire dépister du VIH et des IST à l’hôpital Delafontaine à Saint-Denis

, par Sandra

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Se faire dépister du VIH et des IST à l’hôpital Delafontaine à Saint-Denis

Sandra : De retour à l’émission Vivre avec le VIH. Lors de notre précédente émission, nous avons écouté Marie Poupard, infectiologue à l’hôpital Delafontaine à St-Denis. Elle a nous expliqué les missions d’un ceggid, un centre gratuit d’information de dépistage et de diagnostic des infections par le VIH, les hépatites virales et les IST. Concrètement, comment ça se passe quand on va dans le ceggid à St-Denis ? On écoute Marie Poupard sur ce sujet.

Début de l’enregistrement.

Marie Poupard : Le ceggid, c’est une consultation médicale très particulière, très intéressante mais pas évidente. Je pense qu’il faut être un peu formé pour la faire parce que dès la deuxième question avec le patient, vous êtes déjà dans son intimité sexuelle. En 2 minutes, vous allez lui poser la question de rapports protégés ou pas, avec combien de partenaires, quel genre de rapport, préservatif ou pas, utilisation de drogues, enfin, on est quand même dans l’intimité des gens très vite. Ce qui aide un peu, c’est que c’est anonyme, en tout cas, pour tous ceux qui le veulent. Depuis janvier 2015, on peut proposer de mettre le nom donc c’est au choix de la personne qui vient. Pour les bénéficiaires des centres comme ça, il y a un accueil. Quand on arrive, il y a une personne d’accueil et nous, le système est un peu un système de guichet comme partout, c’est-à-dire qu’il y a un ticket et on passe dans l’ordre d’arrivée. On a un ceggid sans rendez-vous, ce qui n’est pas très fréquent et c’est lié à notre bassin de la population. C’est compliqué de donner des rendez-vous, les gens ne peuvent pas forcément appeler, on n’a pas de standard téléphonique pour donner un rendez-vous, c’est beaucoup plus simple de les recevoir quand ils arrivent. Donc forcément, il y a des moments d’attente. Ces moments-là, les gens ont accès à des brochures. Il y a 3 passages, parce qu’ils vont voir d’abord l’accueillant, qui est un personnel administratif, qui va leur donner un numéro, leur expliquer le fonctionnement du centre, etc. En deuxième lieu, ils vont voir le médecin. Donc là, ça peut être une consultation parfois très longue où on va aborder les différentes questions sur la base d’un questionnaire qu’on leur remet dans la salle d’attente en attendant le médecin, ils peuvent commencer à se poser des questions. Il y a une partie du questionnaire qui est, “est-ce que j’ai pris des risques”, se poser ces questions-là et une deuxième partie du questionnaire qui est “qu’est-ce que je connais du VIH, des hépatites, des infections sexuellement transmissibles”. Et le fait de remplir ça, je pense que ça permet aux gens de se mettre en situation. Et puis ils voient le médecin. Le médecin va leur poser des questions, répondre à leurs questions et proposer différents tests qui sont ensuite faits par l’infirmière. Donc ils ont 3 professionnels à qui ils vont pouvoir poser des questions. Parfois dès l’accueil ils ont plein de questions et les personnes d’accueil sont formés à répondre à un certain nombre de questions et puis elles renvoient vers le médecin pour les choses un peu plus précises. Le médecin va aborder tout un tas d’éléments, des risques pris éventuellement, la contraception, les violences sexuelles, les tests qu’on peut faire ou pas, les inquiétudes sur les symptômes par exemple. Et puis en dernier lieu l’infirmière, elle, elle est plus technique, c’est-à-dire qu’elle va faire les prélèvements, expliquer l’auto-prélèvement vaginal par exemple qui n’est pas très simple au départ comme ça, on ne sait pas forcément ce que c’est. Expliquer l’analyse d’urine, enfin voilà. Donc il y a 3 passages. Je trouve que les gens ont plutôt le temps et ce qui se passe, c’est que nous, on leur dit de revenir chercher leurs résultats sans rendez-vous, la semaine qui suit. Donc vous êtes venus un mercredi, le mercredi suivant vous venez chercher vos résultats. Pourquoi le délais est long ? C’est pour tout ce qui est infection sexuellement transmises, on fait des analyses un peu particulières qui sont des PCR et ça prend une semaine au laboratoire. Pour les gens qui sont pressés, qui ont eu un risque récent et qui ont surtout besoin d’avoir le résultat de leur test VIH, c’est possible plus tôt. Donc on leur explique, ça dépend des cas. Mais en gros, une semaine après ils reviennent, et là c’est le médecin qui va rendre leur résultat en tête à tête, en toute confidentialité et leur expliquer les différents éléments, y compris quand c’est négatif, leur dire voilà, c’est négatif, ça veut dire ça, quels sont les derniers risques, s’il y a eu des risques récents, on refait le dernier test, c’est précieux, voilà. Même si c’est négatif, on ne va pas juste dire c’est négatif, au revoir monsieur. Il y a tout un tas d’explication, qu’est-ce qu’on peut faire pour se protéger ou est-ce qu’on peut trouver une contraception, qu’est-ce que je fais avec ma nouvelle copine, etc.

Sandra : J’ai l’impression que vous privilégiez la qualité plutôt à la quantité. Là quand vous parlez, j’ai l’impression que vous prenez le temps avec les gens qui viennent vous voir.

Marie Poupard : C’est hyper important et on essaye vraiment de le faire. Après, il peut avoir des moments où il y a beaucoup de monde et où on va un peu raccourcir la consultation. Mais dès qu’on sent qu’il y a un doute un moment d’angoisse, etc, on essaye vraiment de prendre en charge les gens. On a la chance par exemple le mercredi et le jeudi d’avoir une psychologue disponible à qui on peut renvoyer les gens qui ont beaucoup d’angoisse. On a une assistante sociale qu’on peut solliciter quand il y a vraiment un problème, qui va nous aider à dépatouiller un patient qui va arriver avec déjà une infection connue, il faut le prendre en charge rapidement. On a une aide que je voulais vous montrer sur Delafontaine qui s’appelle la maison des femmes qui a été montée par la chef de gynécologie obstétrique de l’hôpital et qui est très intéressante parce que c’est vraiment un relais pour tout ce qui est violence sexuelle, essentiellement, mais aussi contraception, il y a un planning familial qui est sur place et puis excision par exemple qui est peut être une autre problématique sexuelle chez beaucoup de femmes migrantes. Et donc, on a ce relais-là pour renvoyer les femmes vers d’autres. Donc quand nous on ne peut pas répondre aux questions, on essaye au moins de faire un relais et que les gens puissent avoir un autre professionnel qui va pouvoir les prendre en charge. Donc oui, la qualité, c’est important. Très important. Et ça fait partie des nouvelles missions de ceggid. Les gens ne viennent pas juste faire une prise de sang, qu’on leur dise tout va bien et au revoir.

Sandra : Oui, ça permet d’apprendre… pour que les personnes prennent soin d’elles, tout ça, parce que peut-être quand elles arrivent, ce n’est pas forcément la priorité.

Marie Poupard : Ca, c’est quelque chose qui me frappe pas mal, c’est que je trouve que les gens ne sont pas bien informés. Je trouve qu’ils mélangent les choses. Je trouve que chez les populations jeunes qui pourtant, on fait le collège, le lycée, ils ont eu les cours, clairement, il y a des choses qui sont manquées. Ils confondent contraception, pilule et préservatif, tout ça, ça se mélange. Ils ne comprennent pas forcément qu’un implant ne va pas les protéger du VIH. Ils vont croire que certains vaccins sont hyper dangereux, qu’ils ne faut surtout pas les faire. Il y a tout un mélange en terme de santé et de compréhension de ce que c’est la santé sexuelle qui est à mon avis un peu préoccupante. Qu’il y ait des risques de pris, les gens étaient au courant, viennent se faire dépister, traiter, après tout, ça fait partie de la vie et nous, on est là pour ça. Mais moi ce qui m’inquiète, c’est plus la mésinformation, voire l’ignorance de toutes ces maladies dans les populations jeunes, qui prennent du coup des risques, sans trop…

Sandra : Sans savoir vraiment.

Marie Poupard : Voilà. Qui n’imaginent même pas qu’avoir eu des rapports non protégés avec plusieurs personnes, peut constituer un risque.

Sandra : En proposant le dépistage non anonyme, ça vous permet d’éviter les perdus de vue, les gens qui ne reviennent pas chercher leur test, vous pouvez les rappeler du coup ?

Marie Poupard : Non, on ne prend pas les numéros de téléphone. On ne pourrait pas s’en sortir. C’est vrai qu’il y a un petit souci qui est les personnes non venues mais finalement, il n’y en a pas tant que ça, qui ne viennent pas chercher leurs résultats. Ca arrive avec quelques cas, tous les ans on a ça, de sérologie VIH positive, on a le sentiment qu’ils sont au courant, qui sont venus faire un test comme ça, un jour où ils se sont dit peut-être qu’il n’y a rien voilà, dans un état plutôt d’angoisse ou voilà. C’est vrai qu’il y a des gens qui ne reviennent pas. On ne peut pas s’amuser à rappeler, d’autant plus que les téléphones changent, on ne sait pas sur qui on tombe, on n’a pas la personne en face de soi, annoncer quelque chose au téléphone, il faut surtout pas faire ça. On propose de désanonymiser essentiellement pour les gens qui ont besoin que sur leur résultat, il y ait leur nom, parce qu’ils vont partager leur résultat avec un partenaire et que mettre un numéro, on ne sait pas qui c’est, alors que s’il y a le nom, c’est plus facile de dire, bah voilà, c’est mon résultat, regarde, tout va bien. Et ce n’est pas tellement demandé, les gens préfèrent l’anonymat pour l’instant.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Marie Poupard au micro de l’émission radio Vivre avec le VIH, infectiologue à l’hôpital Delafontaine à Saint-Denis. Alors, ça ne donne pas envie d’aller se faire dépister ? VIH et puis toutes les autres IST, c’est ça qui est bien, on peut tout faire là-bas.

Yann : Vraiment chapeau. Ca fait la deuxième fois qu’on entend madame Poupard et c’est vraiment très limpide et ça donne presqu’envie d’y aller, de découvrir, franchement !

Victor : C’est bon de connaitre son statut Sandra, c’est bon de connaitre de quoi on souffre, en tout cas de connaitre son statut, de connaitre son état de santé. C’est très important, Christian, tu ne trouves pas ?

Christian : Oui ! Vous voyez comment vous faites les choses en France ? Vous êtes soucieux. Voilà des gens qui se soucient de la santé des êtres humains. Un coin comme celui de Saint-Denis, la marée humaine des migrants qui se trouvent là-bas, moi je prie seulement qu’on décongestionne le coin, qu’on crée des centres spécialisés comme par exemple à Château d’eau, Château rouge, Marcadet, et tous ces coins où nos frères se retrouvent. Ce sont des coins extrêmement chauds et ceux-là, vraiment ils ont besoin d’un centre comme ça. Moi je suis fier quand j’entends une dame comme ça, ce soucis, c’est très important.

Victor : Moins on se prend en charge, moins on est renseigné sur sa santé, plus le gouvernement dépense plus.

Sandra : C’est vrai.

Yann : Et du coup moins on contamine.

Victor : Voilà, c’est ça.

Sandra : Aller vous faire dépister, protégez-vous. Il n’y a pas de honte. Les gens sont là pour ça, vous pouvez poser toutes les questions. Les ceggid se développent vraiment à travers toute la France donc renseignez-vous et puis si jamais vous avez des questions, on est là au 01 40 40 90 25 ou bien sur le site comitedesfamilles.net

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE