Atelier musicothérapie au Comité des familles avec Paul : « Par le chant, on essaye de trouver des chemins pour dénouer des noeuds corporels »

, par Sandra

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Paul, Sandra et Mohamed
Atelier musicothérapie au Comité des familles avec Paul : « Par le chant, on essaye de trouver des chemins pour dénouer des noeuds corporels »

Sandra : De retour à l’émission Vivre avec le VIH avec Yann, Mohamed et Paul, notre invité du jour, avec qui nous allons parler musicothérapie. C’est un atelier qu’il réalise dans notre association, le Comité des familles. La musicothérapie, qu’est-ce que c’est Paul ?

Paul : Moi, je vais avoir beaucoup de mal de parler de la musicothérapie en tant que tel parce que ce n’est pas du tout mon domaine. Je n’ai pas fait ni d’étude ni de recherche dans la musicothérapie. Moi, ce que je propose au Comité des familles c’est plus un atelier pour aller chercher sa voix, réussir à la sortir et réussir à la partager avec les autres et utiliser le chant pour…

Yann : Pour extérioriser.

Paul : Pour extérioriser voilà. Profiter d’un moment de créativité ensemble.

Yann : Alors moi c’est vrai que j’en ai profité mais d’une manière tout à fait différente, à la première séance que tu avais faite avec les membres du Comité des familles. J’étais dans une autre partie de la salle en train de travailler et j’ai vu progressivement, ça a duré 1h-1h30 l’atelier, j’ai vu progressivement des petits sons monter et de plus en plus des voix et des rires dans l’espace et je peux vous dire, qu’à la fin de l’atelier, les gens étaient totalement ouverts et épanouis. Donc je suis resté un peu sur le cul, même si moi mélomane et amoureux de la musique, je comprends bien les bienfaits de cet art. Et je voulais aussi remercier et dédicacer cet atelier à Ilaria Ben amor qui a mis en place cette idée et comme quoi l’ETP (éducation thérapeutique du patient) englobe vraiment tout le bien-être qu’on n’imagine parfois pas.

Sandra : L’ETP, l’éducation thérapeutique du patient qui se réalise au Comité des familles, au travers de ces différents ateliers qu’Ilaria propose. Mais du coup, concrètement, qu’est-ce que les personnes font à ton atelier ? Comment ça se passe ? Elles chantent ?

Yann : Il y a un travail de respiration…

Paul : Oui, on essaye de se reconnecter un petit peu avec son corps et essayer de dégrossir un petit peu l’enjeu qu’il peut avoir derrière le fait de chanter, parce que chanter finalement c’est vite assez stressant et on se rend compte…

Sandra : C’est se mettre à nu un petit peu non ?

Paul : C’est se mettre à nu et en fait ça fait beaucoup de bien de le faire. Mais c’est assez angoissant aussi.

Yann : Je pense qu’il y a un rapport assez proche de ce que tu faisais toi Mohamed. Alors je ne sais pas si tu continues, mais tu avais comme ça travaillé sur le théâtre…

Mohamed : Oui, sur le théâtre, des chansons aussi mais c’est plus centré sur des chants populaires.

Yann : Et vous faites des exercices de respiration avant…

Mohamed : Voilà, on fait les couplets, les refrains et après on chante tous ensemble.

Yann : Et, est-ce qu’avant même de chanter, il y a des exercices de dictions, de respiration ?

Mohamed : Non.

Yann : Parce que toi Paul, tu proposes ça plutôt ?

Paul : Moi, j’insiste vachement sur le fait qu’il y ait une condition physique, utile pour chanter et du coup il y a tout un échauffement qui est une préparation physique pour préparer le corps à chanter. Pour moi, si on veut chanter, on est obligé d’utiliser 100% de son corps. Souvent, on a l’impression que ça vient seulement de la gorge et c’est comme ça qu’on se fait mal, c’est comme ça que c’est difficile de sortir un son.

Mohamed : Mais tu fais quelle approche ? Avec quels chants ?

Paul : Nous du coup on n’utilise pas forcément de chants en tant que tel. Le but, c’est juste de chanter…

Mohamed : Faire sortir les sons ?

Paul : Faire sortir les sons, les mélodies qui nous viennent comme ça. On utilise pas mal d’improvisation. Des petits exercices avec des contraintes mais qui sont très abstraites. Il n’y a pas vraiment de paroles. Après, ça arrive par la suite. Mais au début, on ne va pas essayer de puiser quelque part. On va essayer de puiser plus à l’intérieur de nous-même.

Mohamed : D’accord. Mais ça doit être un peu long avec les sons quand même non ? Pour les gens qu’ils veulent se mettre en…

Paul : Un peu plus long ?

Yann : Non, je pense que justement le côté abstrait enlève la pression du texte ou des paroles plutôt.

Mohamed : Par exemple “aaaaaaaa”

Paul : C’est ça. Il y a un côté… en fait, il n’y pas d’erreur. Au début faut essayer. On essaye et au fur et à mesure, on arrive, on trouve des trucs.

Mohamed : Mais sinon, ça commence par des bases de guitare non ?

Paul : De guitare ?

Mohamed : Pour commencer, il faut un instrument quand même pour avoir la mélodie ?

Paul : Non, c’est totalement a capella.

Sandra : Il n’y a pas de fausses notes Mohamed. On ne cherche pas le La ni le Do.

Paul : On ne cherche pas à chanter juste.

Yann : Moi, j’ai envie de te demander Paul, tu en es à combien de séances ?

Paul : Je crois que c’est la 5ème ou la 4ème, je ne sais plus.

Yann : Je sais que tu n’as pas fait d’art thérapie, tu l’as dit en début d’interview, mais comment tu jauges une séance qui a amené quelque chose aux membres du Comité des familles ?

Paul : Par rapport à la participation des gens.

Yann : Tu arrives à jauger le moment de timidité quand ils sont arrivés et puis la liberté et puis le bien-être qui est apporté à la fin de la séance ? Moi, c’est ce que j’avais ressenti en tant que spectateur.

Paul : C’est ça.

Sandra : Mais du coup, qu’est-ce que t’ont dit les participants à la fin de la séance ? J’imagine qu’au début elles disaient “mais à quoi ça va me servir ? Chanter, faire des vocalises”

Yann : “Pousser des cris, quelle drôle d’idée !”

Sandra : Voilà, je ne sais pas, toi aussi Yann, tu étais septique au départ ?

Yann : Non, parce que je te promets que moi je siffle et je chante depuis le ventre de ma mère donc… (rires)

Sandra : Mais du coup, qu’est-ce qu’elles imaginaient et ensuite à la fin de la séance, comment les participants étaient ?

Paul : Finalement, il n’y avait pas énormément d’attente. La seule chose, c’est qu’il y a des gens qui pensaient prendre vraiment un cours de chant. Et donc ils demandaient “mais ça va être quel style”. Après, justement, le travail c’est de dire on va juste apprendre à sortir sa voix, à utiliser sa voix. On ne va pas apprendre à chanter. Mais sinon, ta question c’était ?

Sandra : Qu’est-ce que les participants ont dit à la fin ? Est-ce que ça leur a fait du bien ?

Yann : Je pense à une des membre qui est toute petite, qui doit faire 1m52 et 40 kilos, qui a poussé des sons de camionneur si tu veux (rires). Même elle, elle s’est révélée là-dedans.

Sandra : Mais, et alors ? Pousser ces sons, quand on arrive à pousser ces sons, qu’est-ce que ça fait dans sa vie ? Quel bien ça apporte ?

Yann : C’est un peu comme la thérapie du rire. Il y a eu un moment, beaucoup de travail autour de ça où les gens faisaient des ateliers pour rire. Je crois qu’à un moment, si tu chantes, tu cris, si tu paints, toutes les manières de sortir ce qu’on a à l’intérieur, ça ne peut que nous rendre meilleur.

Sandra : T’es d’accord avec ça Paul ?

Paul : Oui, c’est ça. Et c’est aussi essayer de passer, de contourner les blocages qu’on peut avoir corporellement qui peuvent nous conditionner dans des formatages, comme un formatage psychologique. Tout le travail, c’est d’arriver à laisser sortir quelque chose et c’est un travail de dénouement de noeuds. Souvent, on a des noeuds quelque part qui nous empêche de faire. Par le chant, on essaye de trouver des chemins qui vont dénouer quelque part des noeuds corporels.

Sandra : C’est de la relaxation un petit peu.

Paul : Ouais, c’est de la relaxation mais c’est aussi quelque chose qui passe, qui peut être applicable par la suite. Mais c’est tout une façon de penser aussi. Par exemple, l’approche utilise cette croyance que le chant qu’on va sortir finalement, nous on en est que le prisme en fait. C’est-à-dire que le chant nous traverse, ce n’est pas nous qui le créons à 100%. C’est quelque chose qui nous traverse et nous, on est là juste pour l’amplifier. Justement c’est apprendre à essayer d’amplifier les choses.

Yann : Et d’ailleurs, je peux vous dire que vous comprendrez encore mieux ce type de phrase que tu viens de dire Paul, parce qu’on recevra Paul avec son groupe, on verra si c’est en septembre ou octobre. Et on a eu la chance que bénévolement ton groupe vienne sur la soirée qu’on a faite, la fête de la musique avec l’association FTCR où tu as pu jouer un set de 40 minutes et je dois dire que là, tu l’exprimes très bien, toi tu es bassiste mais tu es aussi chanteur, et je trouve que les domaines de possibilité de chants que tu offres l’expliquent très bien. Donc j’ai hâte de faire découvrir aux auditeurs la musicalité de ton groupe.

Paul : Merci.

Sandra : Bah surprise, je ne savais pas que le groupe allait venir ! Génial, ça va être sympathique. Vous nous ferez un petit live ?

Paul : Faut que je vois.

Yann : On ne pourra pas pousser les murs du studio, c’est certain.

Sandra : Oui voilà, faudra s’adapter (rires). La prochaine séance de musicothérapie, est-ce que tu sais déjà quand c’est ?

Paul : Ce sera en septembre, et je n’ai pas la date en tête, mais souvent c’est en milieu de mois.

Sandra : Combien de personnes peuvent y participer ?

Paul : Environ 8 personnes.

Sandra : C’est en petit comité.

Paul : C’est un petit comité des familles (rires)

Yann : En tout cas, pour toutes les questions en rapport avec le bien-être et les bienfaits de l’ETP, un seul numéro 01 40 40 90 25 et notre princesse Ilaria pour vous répondre.

Sandra : Tout est dit. Quelque chose à rajouter Paul ?

Paul : Juste le fait qu’on soit 8 c’est seulement parce qu’on utilise des techniques de yoga souvent pour faire de l’échauffement donc on a besoin d’être au sol, on a besoin d’avoir un peu d’espace.

Sandra : Faut venir en tenue décontractée du coup.

Paul : Bien sûr.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE