AMA & Developpement : une association qui tend la main aux enfants orphelins ou infectés par le VIH

, par Sandra

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AMA & Developpement : une association qui tend la main aux enfants orphelins ou infectés par le VIH

Sandra : De retour à l’émission de radio Vivre avec le VIH et maintenant nous allons découvrir ensemble l’association AMA et Developpement avec Marie et Jenny qui sont là pour nous la présenter. Alors cette association, qu’est-ce que c’est et pour qui ?

Marie : AMA veut dire Agence de Moyen et d’Aide pour le développement. Et en particulier le développement passe par l’éducation et nous, nous axons notre priorité sur l’éducation des enfants qui sont atteints, victimes et ou eux-même séropositifs à Abidjan en Côte d’Ivoire. Des enfants très défavorisés issus de parents très pauvres et une fois que ses parents savent qu’ils sont atteints du VIH, une partie des fonds va directement dans les frais de santé. De ce fait, ils ne peuvent plus s’occuper de l’éducation de leurs enfants. Et donc nous on intervient à ce moment-là pour leur tendre la main pour sortir de ce dénuement, de cette isolation parce qu’il y a aussi beaucoup de discrimination, de stigmatisation pour ces enfants et ces familles. Donc nous, on leur tend la main à travers l’éducation pour leur donner une issue, de s’insérer dans la société, dans la meilleure manière, de la façon la plus démocratique. Notre association est basée à Paris. Elle a été créée en 2002. Orientée véritablement dans ce secteur de tendre la main aux enfants issus ou atteints de VIH en 2007, 2008.

Sandra : Avant, ce n’était pas…

Marie : Avant ce n’était pas vraiment axé, on tendait la main à des enfants défavorisés ou fuyant des zones de guerre.

Sandra : Et qu’est-ce qui s’est passé ?

Marie : Parce qu’on s’est rendu compte qu’il y avait un petit silence en Côte d’Ivoire, dans la zone ouest africaine sur le VIH. On essayait un peu de tricher sur les chiffres en disant que ça n’existait pas. C’était un peu tabou. Il y avait toute une génération d’enfants qui n’avaient pas de rapports avec les parents mais qui étaient surtout pris en charge par les grands-parents du fait de la disparition des parents. Et ces grands-parents n’avaient pas les moyens de les scolariser aussi. On s’est rendu compte que ce n’est pas uniquement en Afrique, en Côte d’Ivoire mais dans toute la zone d’Afrique du nord au sud, d’Alger jusqu’au Cap, en Afrique du Sud. Nous, on a essayé de faire quelque chose pour la Côte d’Ivoire. 540 000 enfants orphelins ou vulnérables du VIH (OEV) qui ont été dénombrés en Côte d’Ivoire et l’Etat ne s’occupaient que de 10%, le reste, qu’est-ce qu’on en faisant ? Donc nous, on a essayé de sortir ces enfants, très peu, par le biais du parrainage scolaire en militant en France par des actions de sensibilisation, de collecte de fonds, de recherche de parrain pour investir à long terme dans l’éducation de ses enfants. On a des résultats. A Abidjan, dans la région défavorisée, surtout on axe notre action sur 3 articles principaux de la convention des droits de l’enfant, qui a été votée à l’ONU en 1989, à savoir le droit à l’éducation, le droit à des conditions de vie décentes et le droit à des loisirs. On les met à l’école et on essaye de leur tendre la main quand il y a des périodes de fêtes pour qu’il y ait une mixité sociale. Ils ont tendance à être un peu stigmatisés. C’est un phénomène qui est bien reconnu en Côte d’Ivoire, dans la mesure où il y a même une direction nationale, un programme nationale des enfants orphelins ou vulnérables du sida qui dépend du ministère de la famille et des affaires sociales.

Sandra : Et pourquoi avoir choisi la Côte d’Ivoire ?

Marie : Parce qu’on a des partenaires là-bas. On travaille avec des associations locales qui nous font le retour de ce qui se passe sur le terrain et qui ont constaté qui avaient constaté qu’il y avait beaucoup à faire dans ce milieu. Ils nous ont demandé si on pouvait faire beaucoup de sensibilisation autour de la question. Bon, nous on est un peu prude, on protège un peu aussi ces enfants donc on n’est pas allé se faire enregistrer auprès des structures tel que le COREVIH ou d’autres structures, AIDES, etc. On a essayé par des moyens qui sont à notre portée, simples, notre entourage, des personnes privées, des personnes retraitées. On a fait des actions telles que des dîners galas pour sensibiliser. On utilise des forums, des associations.

Sandra : Pourquoi ne pas avoir choisi de faire partie par exemples des…

Marie : Parce que ce sont des enfants comme tous les autres. Ce n’est pas parce qu’ils ont le sida qu’on doit les… on participe un peu à cette action de stigmatisation si on va se faire uniquement… on s’embrigade un peu…

Sandra : D’accord, vous voulez toucher tous les enfants.

Marie : Parce que nous-même on a été très touché par ce fait, quand on a voulu les envoyer en colonie de vacances avec tous les autres enfants, pour qu’ils sortent de leur boui-boui quotidien, ce sont des enfants très pauvres, ils n’ont pas accès à l’électricité, à l’eau. Nos enfants qu’on scolarise, quelques-unes vont puiser l’eau le matin pour se laver, pour faire à manger avant de partir à l’école. Il y en a qui n’ont pas l’électricité, qui bénéficient de dons de lampe solaire pour s’éclairer et faire leur devoir à la bougie, en plein 2015, c’est encore ça qu’on voit à Abidjan dans les régions, les banlieues défavorisées. Donc ce n’est pas le luxe.

Sandra : Et vous y aller là-bas ?

Marie : Oui, même Jenny est partie en 2008 faire un reportage. On a les images. Elle a interviewé des médecins qui sont séropositifs, qui sont concernés par le cas, qui s’occupent des enfants. On a nos enfants qui sont aussi suivis par des psychologues. On a des enfants qui sont séropositifs, nés séropositifs parmi ceux qu’on scolarise. Mais quelques fois avec le traitement d’ARV qui est assez lourd, ils n’arrivent pas à se concentrer donc ils sont après déscolarisés. Ceux-là encore, il faut qu’on essaye de les mettre dans l’insertion professionnelle.

Sandra : Et ils sont au courant qu’ils vivent avec le VIH les enfants ? On leur a dit ?

Marie : Oui, pas beaucoup. On leur fait faire des tests de sérologie quand les parent sont atteints pour savoir si eux aussi le sont, pour les orienter parce qu’avec le ministère de la lutte contre le sida, les soins étaient gratuits pour les enfants. Donc ceux-là, ils sont au courant qu’ils sont suivis par des psychologues, eux, ils vivent avec leur maladie. Ceux-là, on constate un retard scolaire.

Sandra : Au niveau de l’acceptation de la maladie, est-ce qu’ils comprennent qu’ils sont malades ? Comment ils en parlent ?

Marie : Oui, ils comprennent puisqu’il y a des clubs pour les adolescents. Enfin, ce n’est pas généralisé partout mais dans la région d’Abidjan, il y a plusieurs centres, des structures à Yopougon, aussi à Port Bouët. Du coup, on essaye de les encadrer. Nous, on a été vraiment confronté de façon âpre à ce problème quand on a voulu les envoyer en colonie de vacances avec les autres pour favoriser la mixité sociale, et on a reçu en plein la figure “faites leur faire des tests, ceux qui sont séropositifs, qu’ils restent chez eux”. Donc du coup, les médecins qui s’occupaient de nos enfants ont dit ne participez pas à ce jeu, ne les envoyez pas, cherchez d’autres centres de vacances pour eux, où ils pourront être bien accepté avec les autres enfants. Donc, ce sont des choses qui sont assez insidieuses et si on commence à entrer dans ce jeu-là… nous, c’est des enfants comme tout le monde, comme tous les autres. C’est pour ça qu’ici en France, quand on est confronté à une rareté de fonds pour continuer l’action, de se tourner vers les associations qui officiellement s’occupent des personnes qui luttent contre le sida, ils nous disent mais pourquoi vous n’êtes pas répertorié. Donc il y a un peu de suspicion, de rejet. Mais nous, on continue notre action quand même.

Sandra : C’est vrai que les COREVIH par exemple ça aide pour les échanges d’informations, c’est juste pour être ensemble.

Marie : On participe aux assemblées…

Sandra : D’accord. Parce que seul c’est vrai que c’est difficile.

Marie : Oui, oui. On est un peu au courant de l’avancée des traitements, etc. On participe à des réunions. Il faut des assemblées en novembre. Mais quand on demandait un peu d’aide pour ces enfants là-bas ils disent eux c’est vraiment tout ce qui est administratif avec les hôpitaux.

Sandra : C’est sûr. C’est difficile, le financement des associations. Les subventions de l’Etat se font moindre, on est obligé de chercher des fonds privées. C’est compliqué mais bon. Il faut continuer, il faut croire à la cause qu’on défend. Alors, s’il y a des auditeurs qui sont intéressés pour vous aider, comment ils peuvent vous aider et puis comment on fait pour vous contacter ?

Marie : Nous avons déjà un numéro de téléphone. Nous sommes domiciliés dans la maison des associations du 15ème arrondissement à Paris. On a un numéro de téléphone 06 17 02 36 05, aussi par Facebook. On a un site internet, http://www.ama-developpement.org/. Un grand merci au Comité des familles que nous avons pu connaitre grâce à une de nos bénévole.

Sandra : Je vous souhaite beaucoup de courage pour vos actions et si jamais on peut vous aider, relayer des informations, n’hésitez pas, c’est avec plaisir.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE