Olivier Smadja : « Le tabac, c’est une maladie comme une autre au fond »

, par Sandra

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Olivier Smadja, tabacologue à Tabac Info Service
Olivier Smadja : « Le tabac, c’est une maladie comme une autre au fond »

Sandra : De retour à l’émission Vivre avec le VIH, vous êtes avec Christian, Mohamed, Olivier Smadja et moi-même Sandra. Nous allons parler maintenant de comment arrêter de fumer. Pourquoi ? Parce que malheureusement dans la population des personnes séropositives, il y a beaucoup de fumeurs. On en a déjà parlé à l’émission, notamment avec le pneumologue Jacques Cadranel. Je vous propose de réécouter 2 extraits. Il nous explique pourquoi les personnes séropositives ont tout intérêt à arrêter de fumer.

Début de l’enregistrement

Jacques Cadranel : Est-ce que les patients VIH qui ont un cancer du poumon, c’est plutôt des personnes qui n’ont pas fumé ou qui ont fumé ? Aujourd’hui très clairement, les personnes séropositives qui ont un cancer du poumon ont toutes fumé. Donc ça veut dire élément majeur numéro 1, le grand facteur de risque que j’ai un patient VIH d’avoir un cancer du poumon, ce n’est pas son infection VIH, c’est très clairement qu’il est fumeur.
Un patient VIH a tout intérêt à ne pas fumer et donc c’est compliqué parce que premièrement, on a des chiffres qui nous disent que globalement la population séropositive fume plus que la population non séropositive. Donc en proportion, si je prends 100 personnes dans la rue non séropositives, il y a 30 qui seront des fumeurs. Si je regarde que les personnes séropositives, on va monter peut-être à 40 ou 50. Deuxième point, les patients séropositifs lorsqu’ils fument, fument plus que les patients non séropositifs. Troisième point, il y a clairement une difficulté au sevrage du tabac chez la population séropositive pour des raisons qu’on ne sait pas expliquer aujourd’hui, par rapport à un même fumeur non séropositif. Donc c’est une vraie préoccupation lorsqu’on est séropositif, de se poser la question de savoir, est-ce que je fume ? Ça, on le sait très vite. Et surtout, comment je peux faire pour réduire mon tabagisme et pour arriver à l’arrêter.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Jacques Cadranel, pneumologue à l’hôpital Tenon et je vous propose d’écouter un deuxième extrait, là, il nous parle des chances de guérison d’un cancer du poumon.

Début de l’enregistrement.

Jacques Cadranel : Malheureusement les traitements du cancer du poumon n’ont pas l’efficacité du tout du traitement antirétroviral sur l’infection VIH. Et donc aujourd’hui, il vaut mieux ne pas se trouver mais c’est vrai aussi pour l’infection virale bien entendu en situation d’avoir un cancer du poumon. Aujourd’hui, éviter d’avoir le VIH, c’est le préservatif. Pour le cancer du poumon et encore plus pour le cancer du poumon chez la population VIH, c’est surtout ne pas fumer ou arrêter de fumer. Ma préoccupation n’est pas je dirai, c’est presque trop tard l’annonce. Moi j’aurai plutôt envie d’annoncer, vous venez me voir, vous n’êtes pas malade, vous fumez, il faut arrêter de fumer parce que vous êtes séropositifs.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Jacques Cadranel nous a donné une des raisons d’arrêter de fumer. Et donc avec le tabacologue Olivier Smadja, nous allons découvrir qu’il y a d’autres bénéfices aussi à arrêter de fumer. Il y a la santé, mais il n’y a pas que ça. J’ai été voir un peu le site tabac info service, il y a d’excellentes vidéos qui parlent de pourquoi il faut arrêter de fumer et quelles sont les motivations. Pouvez-vous nous parler de ces différentes motivations ?

Olivier Smadja : Oui, je dirai comme le disait le pneumologue que vous avez interviewé, les raisons liées à la santé, sont les raisons qui sont les plus souvent citées. La santé, ça être sa propre santé, arrêter de fumer pour préserver sa santé, mais aussi arrêter de fumer parce qu’il peut avoir des enjeux par rapport à ses proches. On peut arrêter pour son conjoint, pour ses enfants. Toutes les raisons sont bonnes pour arrêter de fumer. L’autre type de raison qui peuvent conduire des fumeurs à faire une tentative d’arrêt, c’est aussi l’argent. C’est un levier qui est très important. Le tabagisme, ça coûte très cher et très longtemps. Les fumeurs qui font une tentative d’arrêt se rendent compte assez rapidement qu’en un mois, en 1 an, on peut économiser des sommes qui sont très importantes. Plusieurs centaines, plusieurs milliers d’euros. Ca fait la différence dans le porte-monnaie des personnes qui font une tentative d’arrêt du tabac.

Sandra : Et j’ai vu aussi qu’il y avait une autre raison, c’est que pour être plus libre. Financièrement mais aussi par rapport à la nicotine parce que, quand on est en manque de nicotine, soit ça peut énerver ou soit, ça peut rendre triste.

Olivier Smadja : C’est vrai que la nicotine c’est la substance la plus importante dans la dépendance à la cigarette. On va être principalement dépendant de la nicotine et la nicotine, elle a aussi un effet sur l’humeur. Donc elle peut avoir un effet un peu excitant, un peu stimulant. Ce qui est difficile à gérer dans l’arrêt du tabac c’est que quand on s’arrête, il faut qu’on gère le manque à la nicotine. Mais heureusement il y a des traitements qui permettent d’arrêter de fumer sans trop souffrir du manque de la nicotine. Peut-être que s’il fallait rajouter un autre type de raison pour l’arrêt du tabac, ce sont des raisons qui sont à la frontière du sujet santé, c’est tous les sujets esthétiques. Fumer ça veut dire avoir souvent une haleine qui sent le tabac. La cigarette, ça ne sent pas bon. Quand on fume à son domicile, c’est une odeur qui s’imprègne sur les murs, les rideaux, etc. Fumer, lié aux différents goudrons, ça rend les doigts jaunes, les dents jaunes, ça abime la peau. Et donc quand on arrête de fumer, on va progressivement récupérer une haleine normale, etc. Son domicile va à nouveau sentir le frais et tout ça, c’est tout aussi important pour certains fumeurs.

Sandra : Autour de la table, aujourd’hui dans l’équipe radio, est-ce qu’il y a des personnes qui sont concernées par la cigarette ?

Mohamed : Oui, moi. Et justement, je voulais poser une question à Olivier. Je voulais savoir si pour tous les fumeurs invétérés ou les grands fumeurs de longue date, le sevrage, comme vous disiez au niveau de la dépendance nicotinique, certains disent qu’au bout de 3 jours, ça se dissipe et d’autres disent qu’il faut un plus long terme.

Olivier Smadja : Je dirai qu’il y a plusieurs types de dépendance. En fait, il y a la dépendance à la nicotine. Cette dépendance à la nicotine c’est ce qu’on appelle la dépendance physique. Cette dépendance, il va falloir plusieurs semaines ou plusieurs mois pour s’en débarrasser. On peut s’en débarrasser avec des traitements comme ce qu’on appelle les substituts nicotiniques, les patchs, les pastilles, les gommes, etc. ou avec d’autres types de traitements médicamenteux, notamment avec une molécule qui s’appelle la varénicline. Le nom commercial c’est le Champix. Ca, c’est pour ce qui concerne la dépendance à la nicotine, la dépendance physique. Il y a un autre type de dépendance, c’est tous les gestes, toutes les habitudes qu’on a pris avec le tabac. Si on est fumeur, qu’on a pris l’habitude de fumer une cigarette le matin quand on se réveille, de fumer une cigarette quand on boit un café, de fumer une cigarette quand on est au téléphone, de fumer une cigarette quand on sort, quand on est avec ses amis, quand on est chez soi, etc. Toute la place qu’a pris la cigarette dans son mode de vie, cette dépendance est plus difficile à régler parce que pour cette dépendance il y a, hélas, pas de traitement, il n’y a pas une petite pilule qui va vous apprendre à boire un café sans avoir envie d’une cigarette.

Mohamed : Pour certains fumeurs, c’est un plaisir, et comme il prend l’habitude fumer sa cigarette quotidiennement, il a du mal à l’enlever.

Olivier Smadja : Vous avez raison Mohamed, c’est vrai que pour certains fumeurs, il reste des cigarettes qui sont des cigarettes plaisir mais je dirai que pour les grands fumeurs, la majorité des cigarettes, c’est surtout des cigarettes qui viennent aider le fumeur à gérer la dépendance. Et en fait, ce ne sont pas tellement des cigarettes qui font plaisir. Il ne reste plus beaucoup de cigarettes qui font plaisir. Il reste surtout des cigarettes qui apaisent la dépendance à la nicotine, donc surtout des cigarettes qui vont soulager mais pas tellement des cigarettes qui font plaisir.

Mohamed : Je vois, on efface le plaisir par une mini dépendance…

Olivier Smadja : Exactement. Si je suis un grand fumeur, bah au fond, je vis en permanence sous l’effet du manque de la nicotine, au moment où cette dépendance à la nicotine elle est la plus forte, je fume une cigarette et ça fait redescendre mon manque de nicotine. Et ça, c’est vraiment, il faut envisager la cigarette, vraiment comme une drogue. On est drogué du tabac quand on est fumeur…

Mohamed : Parce qu’en général, on est fumeur à vie, de l’adolescence jusqu’au bout de la vie.

Olivier Smadja : Heureusement, s’arrêter de fumer, même si ce n’est pas facile, c’est possible. Il y a des traitements qui vont aider les fumeurs. Je disais tout à l’heure qu’il y avait la dépendance aux gestes, aux comportements qui étaient difficiles, mais les professionnels de santé peuvent aussi aider les fumeurs à apprendre de nouvelles habitudes pour commencer une vie sans tabac.

Mohamed : C’est ça le plus dur aussi.

Olivier Smadja : C’est vrai que c’est difficile.

Mohamed : Ils sont oisifs et puis après pour reprendre une activité…

Sandra : Mohamed, je vais te couper, excuse-moi. J’aimerai bien que tu partages ton expérience. Donc toi tu es un fumeur, depuis combien de temps ? Est-ce que tu as déjà essayé d’arrêter de fumer ? Comment c’est pour toi ?

Mohamed : Moi, j’ai commencé à l’âge de 16 ans. J’en ai aujourd’hui 58. Donc ça fait pas mal de temps que je fume. J’ai fait qu’une seule tentative où j’ai arrêté 22 jours et après j’ai eu de nombreux problèmes, multiples problèmes qui sont arrivés, ça m’a fait rechuter. Depuis je fume un peu plus modérément mais je fume toujours.

Sandra : Tu fumes combien de cigarettes par jour à peu près ?

Mohamed : Un paquet ou pas loin d’un paquet par jour, à peu près.

Sandra : Ca te coute combien ?

Mohamed : Dans les 6, 7 euros par jour.

Sandra : Aimerais-tu arrêter ou pour toi…

Mohamed : J’aimerai bien mais justement, je n’ai pas encore la volonté déterminée pour pouvoir le faire. Je ne m’estime pas encore assez prêt. Mais j’espère pouvoir y parvenir.

Christian : Non seulement ça coûte cher la cigarette, mais aussi les images estampillées sur les paquets de cigarettes me font peur. Sans compter autre chose. Ce que je voudrai dire, je connais quelqu’un qui a 16 ans, la personne a commencé à fumer et a arrêté pendant 3 ans, et a repris à fumer. Aujourd’hui la personne est bien documentée, a toute la grosse documentation, connait tout sur le tabac mais cette personne est possédée, embrigadée, liée mains et pieds, impossible de s’en débarrasser, adore, aime la cigarette. Pourtant, elle veut complètement se défaire de cette cigarette. Alors ma question, je pose une seule question, comment lutter donc contre l’envie permanente, irrépressible de consommer une substance, en l’occurrence, le tabac ?

Olivier Smadja : Je crois que pour lutter contre l’envie de fumer, quand on est dans le cadre d’une tentative d’arrêt, je pense que la rencontre avec un professionnel de santé, elle peut aider les fumeurs à avoir une stratégie pour arrêter de fumer. C’est-à-dire qu’un fumeur qui est très dépendant, je le disais tout à l’heure, il est très dépendant de la nicotine. L’expérience que font très souvent les fumeurs, c’est au fond de se dire, demain j’arrête, lundi j’arrête ou le premier du mois j’arrête et donc ils écrasent leur dernière cigarette et 24h plus tard, ils sont devenus non fumeurs. Quand on est un grand fumeur, on est très dépendant de la nicotine et donc le fait d’arrêter seul, c’est le plus difficile. Je disais que tout à l’heure s’arrêter de fumer ce n’était pas facile, mais quand on s’arrête tout seul, on rend la tentative d’arrêt encore plus difficile.

Moi, le conseil que j’ai envie de donner, aux fumeurs, c’est de dire, rencontrez des professionnels de santé, un médecin, un pharmacien. Aujourd’hui, il y a beaucoup de professionnels de santé qui peuvent établir une ordonnance pour avoir accès au forfait de la sécurité sociale de 150 euros pour être remboursé des traitements. Les infirmiers, les sages-femmes, les masseurs kinésithérapeutes, les chirurgiens dentistes, tous ces professionnels de santé peuvent faire une ordonnance. Mon conseil, rencontrez un professionnel de santé pour avoir le traitement qui est adapté. Vous parliez Christian de la très forte envie de fumer. Au fond si on a très envie de fumer, c’est d’abord parce qu’on est en manque de nicotine. Et donc, si on veut réduire l’envie de fumer, il faut essayer des traitements, parmi ces traitements, les patchs, les gommes, etc ou l’autre molécule dont je parlais tout à l’heure, la varénicline. Le professionnel de santé, il peut aider le fumeur à s’arrêter de manière confortable.

Et puis j’ai envie de dire aussi à Mohamed, qu’il a fait une tentative d’arrêt, il a dit de 22 jours. 22 jours c’est déjà énorme. 22 jours, c’est un grand succès. Donc bravo à vous. Quand on fait une tentative d’arrêt, qu’elle dure 1 jour, 22 jours, 6 mois, des années, au fond, ce dont on fait l’expérience, c’est de ce qui est facile pour soi dans l’arrêt du tabac et ce qui est plus difficile et ce qui va faire qu’on va reprendre la cigarette. Et donc, quand on fait une tentative d’arrêt, de 22 jours comme vous l’avez fait, on apprend quelque chose sur son tabagisme.

Mohamed : C’est vrai.

Olivier Smadja : Et cette connaissance, elle vous est utile, vous disiez tout à l’heure que vous attendiez d’avoir la volonté. Moi, j’ai envie de vous dire, il n’y a pas besoin d’avoir la volonté pour arrêter de fumer. Si aujourd’hui, vous vous dites que peut-être, au sortir de cette émission, c’est le bon moment pour arrêter de fumer, au fond vous pouvez aller à la pharmacie, demander conseil pour avoir un traitement de substitution nicotinique. Je crois que, vous aviez des rendez-vous avec un tabacologue, vous pouvez reprendre un rendez-vous pour essayer de planifier à nouveau une tentative d’arrêt. Il n’y a pas besoin d’avoir une volonté de faire pour arrêter de fumer…

Mohamed : Ce n’est pas ça, j’entends bien Olivier. Ce que je veux dire c’est par rapport à des fumeurs invétérés, après, c’est bien beau qu’ils aillent voir les professionnels de santé, qu’ils disent faire comme si, comme ça, ils les conseillent bien. Mais ensuite, il faut aussi palier le temps de l’ennui. C’est là qu’il faut rejoindre des groupes parce que celui qui reste tout seul il va se morfondre, il a envie de fumer. C’est comme l’alcoolique, c’est une autre dépendance mais c’est la même au sens…

Olivier Smadja : Vous avez absolument raison.

Mohamed : La solitude morfond la personne dans la dépendance même si elle est faible.

Olivier Smadja : C’est vrai que, dans les moments où on est inoccupé, au fond c’est les moments où l’envie de fumer va resurgir le plus fort. Vous savez qu’il peut avoir pour certains fumeurs des difficultés liés à la prise de poids, au moment où on s’arrête de fumer. C’est pour ça que je disais qu’il faut essayer d’avoir une stratégie en tête, sans que ce soit bien compliqué. Et puis en plus, les professionnels de santé peuvent aider les fumeurs à construire leur plans d’arrêt du tabac. Il y a je crois des outils qui peuvent aider à distraire les fumeurs, je pense par exemple, moi je vous le disais, je suis responsable d’un dispositif qui s’appelle tabac info service. On peut appeler au 39 89 un tabacologue, c’est gratuit. Ce tabacologue peut vous aider à trouver des manières de vous distraire de votre manière de fumer. Il y a des applications pour les smartphones. Nous, on en a une qui s’appelle tabac info service, par exemple, au moment où on a envie de fumer, l’application va proposer des jeux sur le smartphone pour essayer de distraire les fumeurs. Et puis il y a aussi la cigarette électronique. La cigarette électronique, ça peut être une aide pour les fumeurs qui sont très dépendants aux comportements, aux gestes de fumer. La cigarette électronique, ça peut aussi constituer une aide. Donc je crois qu’il faut vraiment envisager toutes les possibilités qui s’offrent aux fumeurs, j’ai envie de dire pour piocher partout où il y a des ressources qui sont proposées pour trouver la bonne stratégie. Il reste qu’arrêter de fumer, c’est difficile. Vous en avez fait l’expérience.

Mohamed : C’est l’après surtout. Des gens qui ont une vie stable et équilibrée, ils peuvent se dire je le fais pour la famille mais celui qui est seul, introverti et qui vit déjà un peu isolé, l’arrêt du tabac est plus compliqué pour lui.

Olivier Smadja : C’est vrai.

Sandra : C’est ton cas en fait Mohamed ? Tu es seul en fait ? Pas de famille autour de toi.

Mohamed : Il y a l’isolement, il y a le manque d’activité, ne pas voir des gens, de rester seul ou plus ou moins seul…

Sandra : Mais viens au Comité des familles Mohamed !

Mohamed : Mais il n’y a pas que ça…

Sandra : Mais viens, il y a plein d’activités ! (rires).

Mohamed : Non mais, je t’explique comment ça se passe, au niveau des gens seuls et isolés, qui ont des petits problèmes de timidité, c’est un peu plus difficile pour eux.

Olivier Smadja : Evidemment. Bon, moi j’ai quand même bien entendu l’invitation très insistante de Sandra à venir au Comité des familles (rires). Et par ailleurs, je crois que, par exemple, sur les réseaux sociaux, nous on a créé l’année dernière une page Facebook, “tabac info service”. Il y a beaucoup de fumeurs au moment de “mois sans tabac” qui sont venus sur cette page Facebook pour venir partager leur tentative d’arrêt, dire ce qui était facile, difficile. Dire aussi ce qui vous évoquiez, c’est-à-dire que quand on est seul, l’arrêt du tabac, il est plus difficile. Les raisons sociaux peuvent aussi servir à soutenir les fumeurs dans leur tentative d’arrêt.

Mohamed : C’est une possibilité.

Christian : En parlant de solitude, malheureusement beaucoup de ceux que je connais se retrouve dans cette situation, est-ce qu’en prenant le médicament dont vous nous avez parler tout à l’heure, le champix ou mâcher des chewing gum, lorsqu’on a déjà bien pris auparavant des patchs, est-ce que ces personnes souffrantes, qui sont dans l’emprise finalement peuvent véritablement trouver une porte de sortie ?

Olivier Smadja : Oui, je pense que ces traitements, ces substituts nicotiniques, que ce soit les patchs ou des chewing gum, l’autre traitement qui s’appelle la varénicline, le champix, ces médicaments aident à se libérer de la dépendance à la nicotine. Donc ça, c’est une étape qui est très importante parce que tant qu’on est dépendant de la nicotine, c’est l’expérience qu’on fait quand on est dépendant de quelque chose, c’est qu’on ne va pas bien au fond. Et le fait d’être dépendant d’une substance, surtout au moment où on arrête de fumer, ça fait qu’on va être plus irritable, que pour certaines personnes, on va être un peu déprimée, un peu plus triste et donc, si en plus on est en situation d’isolement, ça rend l’arrêt du tabac plus difficile. Donc de toute façon, ça constitue un premier pas dans l’arrêt du tabac. Ca ne va pas dire que ça règle tous les problèmes mais ça permet quand même de régler un problème qui est très important, qui est celui de la dépendance à la nicotine. Après j’ai envie de dire, il reste encore beaucoup à faire, et c’est vrai, comme on le disait tout à l’heure, c’est vrai que si on est en situation d’isolement, si on est en situation de détresse, au fond, l’arrêt du tabac, il est encore un peu plus difficile parce qu’on n’a pas peut-être pas suffisamment le soutien qu’on peut avoir quand on a un entourage amicale, familiale, etc.

Sandra : Et pour les fumeurs qui fument depuis très longtemps, comme Mohamed par exemple, depuis des années, 10, 20, 30 ans, est-ce que, parce qu’il y a des personnes qui peuvent penser bon ça fait 30 ans que je fume, que j’arrête maintenant, c’est trop tard, mes poumons sont déjà foutus. Est-ce que ça vaut le coup ? Y-a-t-il un bénéfice d’arrêter la cigarette quand ça fait des années qu’on fume ?

Olivier Smadja : Ca, c’est la bonne nouvelle, c’est que ça vaut toujours le coup d’arrêter de fumer, ça vaut toujours le coup de faire une tentative d’arrêt parce que quelque soit l’ancienneté de son tabagisme, même si on a 30 ans de tabagisme derrière soi, on a toujours des bénéfices à l’arrêt du tabac. On a des bénéfices pour sa santé. Il y a certains bénéfices qu’on va récupérer très vite. Par exemple, quand on fume, on respire un gaz qui s’appelle le monoxyde de carbone. C’est un gaz qui est à l’origine de maladies du coeur et des vaisseaux. Quand on arrête de fumer, en 48h, on a complètement éliminé ce gaz de son organisme. Evidemment, il y a des risques, par exemple vous évoquiez tout à l’heure le risque de cancer du poumon lié au tabagisme, évidemment, pour retrouver un niveau de risque qui est celui d’un non-fumeur, ça demande plus de temps. Mais il y a des risques qui vont être réduits très rapidement et donc même quand on a 58 ans et qu’on a 30 ans de tabagisme derrière soi, la bonne décision, c’est d’arrêter de fumer et puis en plus, on disait les bénéfices de l’arrêt du tabac, c’est la santé et puis c’est aussi l’argent. Pour le coup l’argent, on le voit tout de suite dans son porte-monnaie, c’est tout de suite des euros en plus qu’on peut utiliser à autre chose. Donc la bonne décision c’est que, quand on arrête de fumer, si on décide d’arrêter de fumer, aujourd’hui, on a des bénéfices pour sa santé, des bénéfices pour son porte-monnaie.

Sandra : Soyons clairs, parce que, les discussions étaient très intéressantes mais ça va un petit peu dans tous les sens. Les différentes méthodes pour arrêter de fumer, il y en a combien ? Je sais que tout le monde est différent mais est-ce qu’il y a des méthodes qui apparaissent.

Olivier Smadja : Il y a plusieurs traitement dont l’efficacité est démontrée pour arrêter de fumer. Il y a d’abord tout ce qui concerne l’accompagnement par un professionnel de santé, comme je l’évoquais tout à l’heure. Parce que l’accompagnement par un professionnel de santé, ça va aider le fumeur à désapparendre la cigarette. Ca va aider le fumeur à trouver d’autres activités pour gérer toutes les habitudes qu’il avait prises avec la cigarette. Deuxième type de traitement efficace, c’est donc ce qu’on appelle la substitution nicotinique, les patchs, les gommes, les pastilles, les inhaleurs, les sprays, etc. Tout ça, c’est efficace et donc tous ces traitements, ce qui est recommandé aujourd’hui, c’est d’associer différents types de traitements de substitution nicotinique, par exemple, de prendre un patch et de l’associer à des chewing gum à la nicotine. Ca permet de mieux réguler son envie de fumer. Ces traitements de substitution nicotinique permettent de bénéficier d’un forfait de 150 euros par an et par personne. 150 euros qui sont proposés par l’assurance maladie pour rembourser ces traitements. C’est une aide qui est très importante. Autre type de traitement, j’en parlais tout à l’heure, la varénicline, le champix. Ca, c’est un médicament qui est remboursé par la sécurité sociale et donc ce médicament est uniquement sur prescription médicale.

Parmi les autres types de traitements dont l’efficacité est démontrée, tout ce qu’on appelle l’aide à distance, donc pour Santé Publique France, c’est un dispositif qui s’appelle tabac info service, une ligne téléphonique, le 39 89, qui est gratuite. Une application smartphone, une page Facebook, un site internet. Tout ça, ça aide, ça accompagne les fumeurs dans leur arrêt du tabac. Quand on compose le 39 89, on est mis en relation avec un tabacologue. Le tabacologue va accompagner comme si on se rendait au cabinet du médecin. Il va accompagner le fumeur dans son arrêt du tabac. Et puis dernier type de méthode pour arrêter de fumer, la cigarette électronique. Souvent les vapoteurs utilisent des liquides qui contiennent de la nicotine, donc elle va aider à gérer la dépendance à la nicotine et puis tous les gestes qu’on a pris avec le tabac, on pense aujourd’hui que la cigarette électronique elle est aussi efficace pour aider les fumeurs à s’arrêter de fumer.

Sandra : Est-ce que la chicha, fumer la chicha, c’est dangereux aussi pour la santé ?

Olivier Smadja : La chicha c’est très dangereux pour la fumée. Ce qu’il faut comprendre c’est que, les risques liés au fait qu’on fume, c’est lié au fait qu’on respire de la fumée de quelque chose qui brûle. Et donc dès qu’il y a quelque chose qui brûle, c’est dangereux pour la fumée si on respire cette fumée parce que cette fumée, elle va contenir des goudrons. Ce sont les goudrons qui vont être à l’origine de tous les cancers provoqués par le fait qu’on fume. On respire ce gaz qui s’appelle le monoxyde de carbone et on respire des substances qui s’appelle les irritants bronchiques, qui vont provoquer des maladies des bronches. Par exemple, la bronchite chronique, c’est lié vraiment au fait qu’on fume et qu’on respire ces irritants bronchiques et donc, ce qu’il faut avoir en tête, c’est que fumer quelque soit la manière dont on fume, j’ai envie de dire, quelque soit le produit qu’on fume, c’est dangereux pour la santé. Si on fume du cannabis, si on fume du tabac, si on fume la chicha, on respire de la fumée. Respirer de la fumée c’est très mauvais pour la santé.

Sandra : Dernière question, après je vous laisserai la parole Mohamed et Christian, j’ai vu sur le site tabac info service que les clefs de la réussite c’est la préparation et la motivation. Tout à l’heure, vous avez dit qu’il n’y a pas besoin vraiment de volonté. Mais c’est quoi la différence alors entre motivation et volonté ?

Olivier Smadja : Alors, la préparation, qu’est-ce que ça veut dire ? La préparation ça veut dire que, je disais par exemple, avant d’écraser sa dernière cigarette, on va demander l’avis d’un professionnel de santé, on peut choisir le traitement qui est adapté à son tabagisme. Donc ça, c’est ce que j’appelle la préparation. Télécharger une application si on a un smartphone, ça c’est la préparation. Pour éviter de prendre du poids, par exemple, avoir un peu plus d’activité physique, marcher un peu plus, essayer de varier son alimentation, tout ça, c’est la préparation. Et donc ça, ça aide à rendre l’arrêt plus facile. Pourquoi je parlais de motivation plutôt que de volonté ? La motivation au fond, ça désigne juste le fait qu’on se dise “tiens, et si j’arrêtais de fumer maintenant ?”. Enfin, maintenant ou dans 15 jours par exemple. La volonté, je crois que ce qu’on a en tête c’est plutôt le fait qu’au moment où on a envie de fumer, on se dit “non, il faut que ma volonté soit extrêmement forte et que je résiste à cette envie de fumer”. La motivation, c’est de se dire, j’ai envie d’arrêter de fumer et pour éviter toutes ces envies de fumer que je vais avoir au moment de mon arrêt du tabac, je prends le bon traitement, parce que ce traitement il va m’aider à éviter au temps que possible tous ces moments difficiles avec la cigarette. Je crois qu’il ne faut pas avoir en tête, je crois que c’est vraiment une idée fausse, le fait que la volonté, c’est grâce à la volonté qu’on arrête de fumer. Il suffit juste de se dire que pour une personne qui aurait, je ne sais pas, une otite, est-ce qu’on lui dirait pour guérir de ton otite, il faut que tu aies la volonté ? Bah non, on lui dirait juste, pour guérir de ton otite, il faut que tu aies le bon traitement et ce traitement c’est ton médecin généraliste ou ton ORL qui va te le donner. Pour le tabac, c’est pareil. Ce n’est pas la volonté de guérir du tabac qui va aider la personne, c’est le fait d’avoir le traitement adapté. Le tabac, c’est une maladie comme une autre au fond.

Mohamed : C’est une dépendance quand même assez lourde pour celui qui en prend régulièrement, et on peut considérer ça comme les drogues dures ou même l’alcool. Et justement, je voulais savoir comment, parce que j’ai vu plusieurs personnes qui se sont fait sevrer, il y en a qui ont rechuté régulièrement et d’autres qui ont arrêté définitivement. Et j’aimerai bien savoir s’il y a une explication à ça ?

Olivier Smadja : Je ne crois pas qu’il y ait une explication parce qu’en fait le parcours des fumeurs, il est très différent pour chaque personne. Et puis souvent, les fumeurs doivent s’y prendre à plusieurs reprises pour réussir à arrêter de fumer parce que, comme je vous le disais tout à l’heure, au fond, quand on fait une tentative d’arrêt, on apprend quelque chose. Et donc, il y a des fumeurs qui vont faire 3, 4, 5 tentatives d’arrêt avant d’arrêter de fumer. Et ils vont finir par réussir leur arrêt du tabac. Et puis je crois que, ce qui peut jouer aussi, c’est comment on arrête de fumer. Il y a des fumeurs qui vont réduire progressivement le nombre de cigarettes qu’ils fument pour arriver jusqu’à 0 cigarettes, parce que c’est ça l’objectif, c’est 0 cigarettes et puis d’autres qui vont passer de 20 cigarettes à 0 du jour au lendemain. Tout ça, ça marche. Les deux sont également efficaces. Mais ce qui compte c’est d’essayer plusieurs fois. Il faut s’y reprendre à plusieurs fois, souvent en tout cas, pour réussir son arrêt du tabac.

Christian : Moi, je remercie Olivier d’être passé. Tout ce qu’il raconte, c’est extrêmement intéressant. Je suis fier quand il parle, moi je sais que ça aide quelqu’un qui nous écoute. Voyez vous, l’expérience de quelqu’un d’autre peut aider ces différentes personnes qui sont victimes, qui sont sous l’emprise de la cigarette. Moi, par exemple, j’aime le piment. Je ne mange pas le piment tout le temps mais je sais que ce n’est pas bon pour ma santé. Et donc, ça ne m’intéresse pas. Pas du tout. Malheureusement, de temps en temps, je tombe sur quelques repas qui sont pimentés… (rires).

Sandra : Avec modération quoi !

Christian : En ce qui concerne le tabac, vraiment, c’est une volonté personnelle. Vous décidez d’arrêter, vous arrêtez.

Sandra : Et là en revanche, ce n’est pas comme pour le piment ! Parce que j’ai participé à un colloque dernièrement et donc ils ont parlé du cancer du poumon et ils ont dit que même pour une personne qui fume genre une cigarette une fois par semaine, même ça c’est dangereux, ça peut aller jusqu’à un cancer du poumon.

Olivier Smadja : C’est vrai que là-dessus, pour le tabac, il ne peut pas avoir de consommation modérée. Le tabac, c’est dangereux dès qu’on en a une consommation régulière, donc même un fumeur qui fumerait une cigarette par jour, il prend des risques pour sa santé. Il y a des risques de maladies cardiovasculaires et de cancer pour les personnes qui auront fumer longtemps, même avec toutes petites quantités de tabac. Si on fume une cigarette par jour, on prend un risque pour sa santé.

Sandra : Et puis n’oublions pas, fumer de manière passive…

Olivier Smadja : Le tabagisme passif, fumer la fumée des autres, ça aussi c’est un risque pour la santé, parce que, je le disais tout à l’heure au fond, dès qu’on respire de la fumée, au fond, c’est dangereux pour la santé. Et ce n’est pas parce que la fumée ce n’est pas celle que j’ai moi-même produite en fumant que cette fumée est inoffensive. En revanche, ce qu’il faut avoir en tête, c’est que c’est d’abord les fumeurs actifs qui prennent le plus de risque pour leur santé. Les fumeurs passifs, pour qu’ils développent des maladies, il faut qu’ils soient exposés très régulièrement à du tabagisme passif. Il y a par exemple beaucoup de terrasses sur lesquels on peut respirer la fumée de son voisin. C’est une exposition qui est très ponctuelle. Il faut avoir en tête qu’il faut être exposé relativement longtemps à de la fumée passive pour être malade. C’est d’abord les fumeurs actifs qui sont les plus malades de leur tabagisme.

Sandra : Merci Olivier Smadja d’être venu. On arrive à la fin de l’émission, désolée. Donc pour ceux qui, en écoutant l’émission se sont dit, aller j’arrête, vous pouvez appeler tabac info service au 39 89 de 8h à 20h du lundi au samedi. Mohamed, on est avec toi, on va te soutenir pour ton arrêt du tabac, tu vas y arriver !

Mohamed : Je vais manger du piment, comme ça, je n’aurai plus goût à la nicotine (rires).

Sandra : C’est ton estomac qui ne va pas être content là (rires).

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE