Un festivalier à Solidays 2017 : « Je ne savais pas qu’une personne séropositive sous traitement ne transmet pas le VIH »

, par Sandra

JPEG - 814.5 ko
Un festivalier à Solidays 2017 : « Je ne savais pas qu’une personne séropositive sous traitement ne transmet pas le VIH »

Sandra : On va continuer notre reportage au festival Solidays. Je vous propose d’écouter 3 festivaliers que j’ai rencontrés sur le stand de Sol en Si, aussi une association de lutte contre le VIH.

Début de l’enregistrement.

Maëva : Je suis venue déjà hier, aujourd’hui et je reste encore demain au festival. Je travaille dans la communication et je viens pour la première fois à Solidays. J’ai 24 ans.

Sandra : Donc là, tu viens de participer à un jeu réalisé par l’association Sol en si. Qu’est-ce que tu as appris sur le VIH ?

Maëva : Déjà, j’ai appris qu’est-ce que fait l’association, comment elle aide les personnes atteintes du VIH et leur entourage. On a appris après des petits faits précis, des pourcentages de gens atteints en France, par exemple l’acronyme de LGBT. On était assez fort donc on n’a pas appris grand-chose (rires). Non mais on était déjà là hier donc on essaye de récolter pas mal d’informations depuis 2 jours.

Sandra : Par exemple, est-ce que vous saviez (je dis vous parce qu’il y a d’autres personnes à côté de toi) qu’une femme séropositive pouvait donner naissance à un bébé non contaminé par le VIH ?

Maëva : Oui, ça je savais mais pas forcément comment, pourquoi, etc. Hier, on a notamment appris que parfois on peut quand même allaiter même en ayant le VIH, sous certaines conditions. Donc on apprend pas mal de choses et on espère encore apprendre.

Sandra : Dernière question, vous saviez qu’une personne séropositive qui prend son traitement et qui n’a pas d’autre IST ne transmet pas le VIH ?

Maëva : Euh non, pas nécessairement. Ca, on ne l’a pas encore appris.

Sandra : Bah voilà, donc là, je vous le dis. Une personne séropositive prend son traitement, du coup sa charge virale, le taux de virus dans le sang devient indétectable et donc du coup peut avoir des rapports sexuels sans préservatif puisque ce sera protégé par le traitement qu’elle prend. Un mot les garçons, non ? Un message pour ceux qui ne se sentent pas concernés par le VIH ?

Un des garçon : C’est important de se renseigner toujours, même si on n’est pas forcément concerné parce que ce sont des choses qu’il faut savoir. Il y a p’tre des gens dans notre entourage qui sont concernés par ça. Et c’est bien d’être renseigné pour ne serait-ce que pouvoir les soutenir correctement et être sensibilisé à ça et savoir quoi faire dans telle ou telle situation.

Sandra : Donc là, vous allez faire votre test ?

Un des garçon : Je ne sais pas si je vais faire tout de suite le test mais au moins si je connais une personne qui est séropositive, je saurai quoi lui poser comme question, je saurai à peu près quelles étapes il va falloir qu’il traverse et c’est déjà ça de pris.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Voilà, un exemple de gens qu’on a pu rencontrer au festival Solidays. Yann, tu en as vu beaucoup ?

Yann : Moi, il y a quand même dans notre questionnaire, qui fait à peu près 18 questions, il y a une question, c’est récurrent, parce que quand on va dans les collèges, dans les lycées, ça revient sans arrêt, c’est la question “comment allez-vous réagir à l’annonce d’une personne très proche, un frère ou une soeur, ami, qui vous annonce sa séropositivité ?” Et malheureusement, à 80% et pas que les jeunes, systématiquement, c’est “comment tu l’as attrapé ou qui te la donné”. Et donc, il a fallu à chaque fois que je répète que, ce n’est pas ça qu’attends la personne qui vient d’apprendre sa séropositivité. La personne elle attend soit que vous ayez vraiment des trucs pour lui remonter le moral, c’est-à-dire “mais tu sais que maintenant les traitements sont formidables, que tu auras une existence aussi longue qu’un séronégatif, que les enfants c’est possible, que ta liberté sexuelle tu continueras à la vivre”. Mais on a le droit de ne pas connaitre ces réponses. Après, ce que je conseillais aux gens qui s’arrêtaient, c’était tout simplement, “vu que c’est quelqu’un que vous aimez, vous le prenez dans vos bras”. Il va p’tre avoir un moment de pleurs, mais je crois qu’on a besoin d’être touché parce qu’à l’annonce, les gens se sentent un petit peu pestiférés ou le mot virus qu’ils ont dans le sang, ils le visualisent presque…

Mohamed : C’est pour ça, les gens comme ils ont des préjugés, tu as bien vu comment il a parlé Bienvenu au truc de Solidays. Il y en a qui ne sont pas encore conscients et c’est encore tabou de parler de ça. Alors que la maladie a beaucoup évolué. C’est une épidémie assez lourde mais elle n’est pas comme dans les années où tout au début, tu vois c’est ça. Maintenant, avec les progrès, je pense qu’on peut en parler ouvertement. Mais il y a des gens qui sont encore réticents et qui voient ça comme la peste, la rage ou le choléra.

Yann : Je suis d’accord. Et c’est là où je suis fière du Comité des familles parce que nous on le gueule haut et fort et je pense qu’on arrivera à changer l’image du séropositif par notre bienveillance, par le fait que… moi tu vois, quand je vois sur le stand, après, je ne suis pas en train de critiquer d’autres organisations, mais je veux dire, on a quand même cette force de rendre acteur les membres. Il y a quand même eu des personnes qui 2 ans en arrière ne pouvaient pas s’imaginer une seconde parler de leur maladie ou de leur VIH ou même faire remplir un questionnaire. Quand tu fais toutes les autres associations, l’investissement est moindre, pourquoi ? D’abord parce que pour certains, et ça j’ai eu malheureusement beaucoup de retours sur le Solidays, c’est que beaucoup d’anciens séropositifs ne sont plus tellement reconnus par les associations. J’ai eu beaucoup de plaintes d’anciens séropositifs qui sont sur Solidays depuis plus de 10 ans et qui n’ont pas eu de billet cette année par les associations référentes qu’elles fréquentent. On leur a dit...

Mohamed : Mais à partir du moment où la trithérapie a commencé à se mettre en place, Sarkozy a fait une coupe sur le budget des associations et là, à partir de là, AIDES et Act-Up, les grands mouvements qui dénonçaient justement cette épidémie, c’est un peu dissout et ça s’est dispatché. Il n’en reste plus beaucoup d’associations qui luttent contre le VIH.

Yann : Il en reste les même qu’il y a 10-20 ans, je peux te le dire. En revanche, cette investissement qui fait qu’on met des stagiaires systématiquement sur les événements de 3 jours ou alors on met des bénévoles qui font un travail remarquable, mais qui ne sera jamais aussi poignant et aussi vrai que la vie d’un séropositif. Donc moi, là où je suis très content du travail humanitaire, collégiale qu’on arrive à faire, c’est justement ça. C’est que quelqu’un qui arrive avec les mains derrière le dos, complètement contracté par la maladie, arrive au bout d’un moment, et d’ailleurs Bienvenu l’explique mieux que moi.

Mohamed : Mais c’est pour ça que quand tu vois ça, c’est un peu délicat. Auparavant, il a fallu que Line Renaud fasse des pieds et des mains pour mobiliser 3 chaines pour parler du VIH. Beaucoup de gens se sont battus.

Yann : Elle a même offert sa maison au Canada.

Mohamed : Elle a fait beaucoup de choses. Et déjà la lutte, elle a eu du mal à convaincre les pouvoirs publics qu’il faut parler de l’épidémie du VIH, sinon ça allait être une catastrophe, une hécatombe. Et de là, les gens se sont mobilisés, ça a fait le ruban, la journée du Sidaction.

Yann : C’est marrant parce que, les anciens que je connais comme ça depuis très longtemps qui sont pour la plupart gays, sont venus me voir en me disant : “nous, l’année prochaine, on vient au Comité des familles !”

Sandra : Ah bon ?

Yann : Oui, c’était très impressionnant. Je peux te dire que mon discours a été mais, “si tu viens au Comité des familles que pour ça, c’est hors de question.” (rires) Si on te voit que pendant la période de Solidays, je crois que tu ne seras pas prioritaire (rires). Regarde bien, ils sont tous acteurs, ils font tous quelque chose sur le stand.

Sandra : Chacun a donné minimum 3 heures de son temps.

Mohamed : Ca a quand même marqué l’histoire parce qu’il n’y a pas longtemps, il y a eu ce qui a été fait à travers Act-Up qui a été relaté dans un film.

Sandra : Oui, on en a parlé à l’émission.

Mohamed : Ca a été primé au festival de Cannes.

Yann : Ca, Sandra nous a promis qu’on allait faire une sortie tous ensemble pour voir le film, je suis partant.

Mohamed : C’était pour dire que c’est assez louable. Ils ne se sont pas battus pour rien. Ces gens-là qui ont dénoncé la mort, la discrimination, l’injustice, au moins ils sont reconnus aujourd’hui et ça fait plaisir.

Sandra : Le film sortira en août. 120 battements par minute. On fera notre possible pour y aller ensemble. Je ne sais pas encore comment on va s’organiser mais si jamais on ne peut pas y aller, on attend la sortie en dvd et puis, voilà, on l’achète.

Yann : On fera une méga projection chez nous.

Mohamed : Ceci dit, la lutte continue !

Sandra : Evidemment.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE