Un piano à l’hôpital : du plaisir et du bonheur pour les patients

, par Sandra

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Jean-Louis Soyer et Gérard Pierrot, membre de l’association Un piano à l’hôpital
Un piano à l’hôpital : du plaisir et du bonheur pour les patients

Sandra : De retour à l’émission Vivre avec le VIH, nous allons parler de l’association “Un piano à l’hôpital” avec Jean-Louis et Gérard. Qu’est-ce que c’est cette association “Un piano à l’hôpital”. Pouvez-vous nous expliquer comment est né cette idée ?

Jean-Louis Soyer : Ca a débuté il y a 4 ou 5 ans avec le service don et legs de l’hôpital qui a offert un piano à queue à l’hôpital. Et ce piano a été placé sur le plateau des consultations, l’endroit où les professeurs reçoivent les familles, les malades. Donc c’est très important. Il y a beaucoup de monde. C’est le coeur de l’hôpital. Ce piano est situé là. Il a été inauguré par une de nos grandes pianistes, Anne Queffelec, qui a donné le premier récital sur ce piano. Ca a été suivi par une autre grande pianiste Brigitte Engerer qui malheureusement était soignée là, dans cet hôpital et qui est décédée quelques temps après. A la suite de ça, j’étais directeur dans un laboratoire de Villejuif, l’hôpital, pendant que je prenais ma retraite, m’a demandé si je voulais m’occuper de ce piano pour le faire vivre. Et nous avons donc monté cette association avec des gens que je ne connaissais pas dont Gérard, qui est à côté de moi, qui est pianiste professionnel, concertiste et professeur également. Nous sommes partis avec un juriste à la retraite également, parce qu’il faut du temps pour s’occuper de ça et nous travaillons avec le service Mieux Vivre de l’hôpital de ce service est là pour gérer et animer toutes les associations qui sont dans l’hôpital pour améliorer la vie des patients. C’est le but de toutes ces associations, apporter du plaisir, du réconfort aux malades.

Sandra : Le piano comme thérapie en fait ?

Jean-Louis Soyer : Ce n’est pas une thérapie. On n’a pas d’autre prétention que d’apporter un peu de plaisir et de bonheur à des gens qui sont dans des souffrances morales et physiques. On n’a pas d’autre prétention que ça. Mais ça fait beaucoup de bien effectivement puisqu’on a des retours tout à fait éloquents et importants.

Mohamed : Je voulais savoir si les patients veulent s’initier au piano ?

Jean-Louis Soyer : Il n’y a pas de cours de piano mais le piano est ouvert pour les gens qui…

Mohamed : Voilà, je parlais en loisir…

Jean-Louis Soyer : Oui, oui. Le piano est ouvert à ceux qui veulent jouer mais ce sont déjà des gens qui jouent déjà un peu.

Mohamed : Voilà, parce que souvent j’ai remarqué dans les hôpitaux, c’est des gens qui avaient des notions de piano qui voulaient…

Jean-Louis Soyer : Oui. Mais nous en revanche nous organisons des concerts. Donc on fait venir des musiciens, quasiment tous professionnels ou des musiciens amateurs mais de très bon niveau, parce que les concerts sont de véritables concerts. Ce ne sont pas des auditions. Ce sont vraiment des concerts de musique classiques. Un peu de jazz aussi, ça peut arriver qui se déroulent au coeur de l’hôpital. Et Gérard est donc chargé de la programmation, si tu veux en parler.

Sandra : Comment ça se passe ? Comment vous choisissez ? C’est à quelle fréquence ? Les concerts durent combien de temps ?

Gérard Pierrot : Les concerts sont prévus aux alentours de 40 minutes de façon à ce que les patients n’aient pas une fatigue trop importante à rester immobile et à avoir une attention soutenue, de trop longue durée. Ils ont la possibilité lorsqu’ils sont sur le plateau de toute façon de venir assister à une partie du concert, de s’en aller quand ils le souhaitent. Les concerts sont vraiment prévus pour qu’ils y aient toute liberté pour chacun. Donc nous avons choisi à la fois cette durée de 40 minutes, les horaires qui correspondent également à une période de la journée dans laquelle, déjà les personnes hospitalisées n’ont pas de soins médicaux et dans lesquelles elles n’ont pas non plus ni un repas ni une période de repos qui sont à peu près les mêmes pour tout le monde. Nous les faisons dans le courant de l’après-midi.

Sandra : Et à quelle fréquence ?

Gérard Pierrot : A une fréquence qui est pour le moment un petit peu limitée. Nous n’avons le droit qu’à environ 2 concerts par mois, éventuellement 3 concerts et nous sommes priés de ne pas dépasser cette fréquence.

Sandra : Pourquoi ? C’est quoi cette histoire de avoir le droit de faire seulement 2 concerts ?

Gérard Pierrot : Ce sont des questions plus administratives qu’autre chose.

Sandra : C’est dommage, parce qu’en fait les patients, les personnes qui sont hospitalisées pourraient apprécier plus de concerts, ça ne les fatiguerait pas ?

Gérard Pierrot : Bien sûr. Ce sont des questions d’organisation interne qui font que pour le moment nous restons sur cette fréquence.

Sandra : Ca fait combien de temps déjà que vous faites ça ?

Gérard Pierrot : L’association vient d’avoir son troisième anniversaire et avant il y avait eu quelques actions isolées qui étaient une sorte de préfiguration de ce qui pouvait exister. Et pour qu’il y ait une forme de régularité et qu’il y ait un partenariat qui puisse s’établir avec l’administration, il était nécessaire de se constituer en association.

Mohamed : Et maintenant vous avez des aides ? Des soutiens ?

Gérard Pierrot : Non, pas du tout. C’est une association qui est composée uniquement de bénévoles. Tous les artistes qui viennent sont bénévoles. Il n’y a aucune frais particulier de fonctionnement. Il ne rentre pas un sous dans l’association.

Mohamed : C’est vous qui n’avez pas sollicité d’aides ?

Sandra : Vous n’en avez pas besoin en fait.

Mohamed : La ville vous laisse exercer sans difficulté, pour des choses comme ça, il n’y a pas lieu de poser des problèmes, mais est-ce que vous pouvez exercer sans difficulté ? Est-ce que vous n’avez pas un horaire assez restreint ? Ou des contraintes ?

Jean-Louis Soyer : Non. Les contraintes ce sont les soins des patients. La salle est ouverte continuellement, c’est un plateau publique…

Mohamed : Les concerts se passent en soirée ?

Jean-Louis Soyer : Non, c’est à 15h, pour les soins justement. On peut organiser des concerts exceptionnels…

Mohamed : Pour Noël…

Jean-Louis Soyer : Pour la fête de la musique nous jouons quasiment toute la journée.

Sandra : C’est génial.

Mohamed : Parce que moi, je suis à côté d’Avicennes, j’ai vu pendant une période, quand c’est la fête de la musique, comme c’est un assez grand hôpital avec un jardin, il y avait pas mal d’artistes qui venaient jouer, dans l’hôpital.

Jean-Louis Soyer : Ca, ce sont des concerts exceptionnels. Dans le courant de l’année c’est 15h, c’est le jeudi ou le week-end. Parce que le week-end, les patients s’ennuient beaucoup. Il n’y a pas d’activité, l’hôpital se vide et ils s’ennuient beaucoup dans leur chambre.

Sandra : Il n’y a pas beaucoup de visite.

Jean-Louis Soyer : Voilà, il n’y a pas beaucoup de visites et ça leur fait un grand bien de descendre, de bouger, de venir écouter d’excellents musiciens. J’en profite pour remercier tous nos artistes qui viennent apporter leur savoir-faire tout à fait gracieusement. C’est assez émouvant de voir ça parce que beaucoup de patients n’ont jamais approché un artiste de près. Ils n’ont jamais vu les doigts d’un pianiste en vrai, sur un piano, à part à la télé quoi. Et c’est vrai qu’il y a des rencontres assez exceptionnelles.

Christian : Au pays par exemple, on sait que les lieux publics, vous pouvez crier, chanter, faire ce que vous voulez mais les hôpitaux sont des endroits où on a besoin de plus de calme. Moi, je voulais savoir, comment est-ce que vous pouvez jouer du piano à l’hôpital ? A la fois je suis très intéressé et émerveillé, c’est la première fois que j’apprends ça. Si vous jouez du piano, est-ce que d’autres instruments ne pourront pas plus tard entrer en compte, et est-ce que ça ne crée pas, ça ne fait pas du bruit, ça ne gêne personne ?

Jean-Louis Soyer : C’est une bonne question. L’endroit est assez spécial puisque c’est le plateau des consultations. Il n’y a pas de soins dans cet endroit-là. C’est les rencontres de professeurs, familles. Donc ils parlent de choses terribles bien sûr mais il n’y a pas de soins vraiment spécifiques. Le problème du bruit, d’abord ce n’est pas du bruit, c’est de la musique (rires). On a eu une fois ou deux un patient très énervé à qui ça dérangeait. Bon, on a arrêté, voilà, ce n’est pas compliqué. Mais à 99%, ça se passe plus que très bien parce que les gens ça leur fait du bien.

Sandra : Qu’est-ce qu’ils vous disent à la fin du concert ?

Jean-Louis Soyer : C’est très varié. Le plus souvent ça les à aider à penser à autre chose déjà. Ce qui est quand même assez important dans ces moments-là. Arriver à se concentrer sur quelque chose d’autres. Surtout l’évasion et puis les artistes qui amènent, qui font passer dans leur musique des sentiments. La musique classique apporte beaucoup de sensations et ça leur fait du bien.

Sandra : Est-ce que ce sera possible un jour d’étendre votre action dans d’autres hôpitaux ? Parce que là vous êtes à l’hôpital Villejuif…

Jean-Louis Soyer : Villejuif, qui déborde sur Chevilly-larue maintenant parce qu’il y a un hôpital de Chevilly-larue qui vient de venir un département IGR et on nous a demandé d’organiser tout de suite des concerts là-aussi. Il n’y avait pas de piano. Il y a une petite chapelle magnifique avec une acoustique assez intéressante. Et donc, nous avons cherché un piano, tout cela bénévolement bien sûr mais comme on est très prétentieux sur la qualité de nos prestations, on voulait un piano à queue (rires). Donc on ne trouve pas un piano à queue comme ça. C’est un de nos pianistes qui vient jouer très régulièrement, 3 - 4 fois par an, Damien Michel, je le nomme, parce que non seulement il joue magnifiquement bien du piano mais en plus il nous a offert un de ses piano à queue, un magnifique piano. Donc nous en avons deux maintenant. Un à Villejuif et un à Chevilly-larue, et nous organisons des concerts de pianos mais de musique de chambre aussi. Vous parliez d’autres instruments, on a des duos, trios, violons, nous sommes plutôt dans la musique classique mais pourquoi pas de jazz, ça peut évoluer, voire sur des auditions d’élèves au conservatoire, pourquoi pas.

Christian : Comme vous le faites de manière bénévole, certainement vous avez besoin de beaucoup de moyens pour élargir le champ.

Jean-Louis Soyer : On n’a pas besoin de moyen parce que tous les artistes sont bénévoles. Nous aussi. L’hôpital nous offre de très beaux programmes imprimés, vraiment très professionnels donc on n’a pas de frais sur les programmes non plus. L’hôpital prend en charge l’entretien des pianos et nous, on gère les pianos.

Christian : Quand je parlais de moyens, en fait, vous avez besoin de pianos pour aller partout…

Jean-Louis Soyer : Ah pour aller partout ! Gérard, vas-y.

Gérard Pierrot : Alors, pour l’extension éventuelle de nos activités, pourquoi pas. Mais pour le moment, nous sommes 4 en tout pour faire fonctionner l’association. Donc c’est déjà une charge assez importante de travail et pour étendre cette activité, il n’y a aucun problème particulier autre que le besoin d’avoir un petit peu de renfort. Si parmi vous il y a des amateurs, nous sommes très accueillants et nous vous incorporons très facilement dans nos activités.

Sandra : L’appel est lancé ! On fait comment pour vous contacter ?

Jean-Louis Soyer : Le numéro de téléphone 06 99 57 73 55 et le mail pianoalhopital@gmail.com

Sandra : Très chers amoureux du piano… il faut quand même des pianistes professionnels ?

Gérard Pierrot : Professionnels ou de très bon amateurs. Il faut qu’ils aient la possibilité en dehors des manifestations, un petit peu exceptionnel comme la fête de la musique, où là, l’organisation est totalement différente. Pour les concerts qui sont faits au courant de l’année, il faut qu’ils aient la possibilité d’assurer un spectacle d’une quarantaine de minutes et que ce spectacle ne demande pas une indulgence particulière de la part des auditeurs. Il faut que ça ait une qualité qui permette aux auditeurs de passer vraiment un très bon moment.

Sandra : Quels sont les retours du personnel soignant sur vos concerts ? Sont-ils tous unanimes à dire c’est super, continuez, on en voudrait plus ou est-ce qu’il y a certain qui sont réticents, qui ne voient pas l’utilité ?

Gérard Pierrot : Nous n’avons pas de mauvais retours donc s’il y en a et il y en a probablement, qui trouvent que nos activités soient inutiles ou éventuellement gênantes, c’est possible, il reste assez discrets, ils sont gentils.

Sandra : Cette action ça me fait penser à ce que nous on fait, ce n’est pas du tout pareil, mais nous, une fois par mois, on va partager un repas avec des personnes hospitalisées séropositives pour la plupart. Hospitalisées parce qu’elles ont arrêté leur traitement ou découvert leur séropositivité tard et du coup parfois elles ont besoin d’aide pour manger, même pour marcher, certaines sont en fauteuils roulants. Et donc, on partage un repas, fait-maison, qu’on prépare à l’association et qu’on amène à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre. Et donc pendant ces repas, on met de la musique, des cd. Le repas fait-maison en général, c’est quelque chose qui rappelle le pays d’origine. Ca change du repas de l’hôpital aussi de toutes les manières. Parfois on fait des massages, on discute avec eux, on passe du temps avec eux. Là, dernièrement, il y a quelqu’un qui s’est proposé pour faire des coiffures et donc ça leur fait beaucoup de bien, ce petit moment, même si c’est qu’une fois par mois, ils attendent ça avec impatience. Ca leur fait beaucoup de bien. Donc je pense, même si je n’ai pas encore assisté à l’un de vos concerts, je pense que ça doit faire énormément de bien à ces patients qui vivent constamment dans les murs de l’hôpital qui malheureusement pensent, peut-être à 70% à leur maladie. Ca permet de sortir par l’esprit et donc c’est super ce que vous faites et je souhaite vraiment que vous puissiez continuer déjà et puis vous étendre dans d’autres hôpitaux. Ce serait vraiment extra.

Mohamed : Je voulais savoir, si en dehors de la musique de chambre, vous étiez aptes ou amener à vous élargir, par rapport à des chants plus populaires, des choses plus… vous restez dans le classique ?

Gérard Pierrot : Pourquoi pas, mais ce seront des concerts occasionnels parce que le lieu ne se prête pas à une musique trop puissante. Pourquoi pas du rock mais pas possible à cet endroit-là. Toutes les musiques sont bonnes à partir du moment où elles sont bien jouées. Il nous faut de la qualité et du respect.

Sandra : Pour que ça plaise à tout le monde. En général, le classique, ça plait à tout le monde.

Mohamed : J’essayais de comprendre si vous aviez un public spécifique ou si c’était ouvert à toutes sortes de malades.

Gérard Pierrot : Le plateau des consultations c’est comme un hall de gare.

Mohamed : Ok, c’est ouvert à tout public.

Sandra : Ah oui, on ne demande si tu souffres de telle pathologie ou pas, t’inquiète, pas de discrimination.

Gérard Pierrot : L’information est donnée à toutes les personnes qui fréquentent l’hôpital. Donc pour les personnes hospitalisées, elles ont les affichettes qui sont distribuées sur les plateaux repas et pour les personnes qui viennent pour les soins, c’est le bureau des admissions qui donnent l’information. Tous ceux qui entrent dans l’hôpital sont informés de nos activités.

Sandra : Super. Moi, je n’ai pas d’autre questions pour vous, sauf si vous avez d’autres choses à rajouter ? Si on peut répéter le numéro de téléphone pour vous contacter.

Jean-Louis Soyer : 06 99 57 73 55. Merci à vous et à bientôt.