"Une zone érogène de solidarité", Soeur Rose nous raconte le festival Solidays

, par Alexandre

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Sexualité, VIH et tolérance. Les Soeurs de la Perpétuelle Indulgence, ça ne vous dit rien ? Le week-end du 24 juin 2016, le festival Solidays ouvrait les portes sur sa 18ème édition. L’occasion pour Soeur Rose, membre du Couvent de Paname, de nous en raconter un peu plus sur ce mouvement pourfendeur de la "honte culpabilisatrice" !

Soeur Rose : Je suis Soeur Rose de la Foi Fesseuse d’Anges, je suis une Soeur de la Pérpétuelle Indulgence. Nous sommes des bonnes sœurs, nous sommes les bonnes sœurs du troisième millénaire, on est un ordre pauvre, agnostique et dérisoire de folles radicales qui s’est créé en 1979 à San Francisco. On fait tâche d’huile, et du coup, ça s’est répandu un peu comme une traînée de paillettes à travers le monde, tu en as un peu partout aux USA, au Canada maintenant, en Angleterre, en Écosse, en France, en Allemagne, tu en as en Australie, tu en as un peu à droite, à gauche, tu en as en Uruguay, on s’est répandu, nous sommes un ordre international.

Alexandre : Et quels sont vos combats, vos actions ?

Soeur Rose : Alors, le credo des Soeurs qui est commun à toutes les Soeurs du monde entier, c’est prôner la joie multiverselle et expier la honte culpabilisatrice. Après, chaque couvent, le couvent étant non-pas un merveilleux bâtiment du 17ème dans lequel nous vivrions tous mais juste le nom qu’on donne à l’association. Chaque couvent est une association différente, est une association indépendante et définit des vœux que les Soeurs de ce couvent prononcent quand elles sont élevées. Les vœux du Couvent de Paname, mon couvent, et après les vœux des autres Soeurs françaises c’est à-peu-près la même déclinaison, mais chez nous c’est : Amour, joie et fête, droit et devoir de mémoire, information et prévention VIH/SIDA, et solidarité.

Alexandre : Pourquoi est-ce important pour vous d’être aux Solidays cette année ?

Soeur Rose : Oh, l’habitude ! On y est tous les ans, depuis 1999, depuis la première édition, c’est pour nous un vrai moment d’échanges, c’est un temps fort dans l’année, c’est un temps fort dans l’année de très nombreuses associations, il y a plus de 80 associations qui sont présentes, il y a des associations qui viennent d’Afrique, c’est vraiment un temps de partage, d’écoute, de rencontres, de solidarité, c’est un moment extrêmement fort. Les jeunes qu’on rencontre sur Solidays, ce sont des jeunes qu’on croise assez peu, qui sont des jeunes hétéros entre 15 et 35 ans, qui se sentent assez peu concernés, que ce soit par le SIDA ou par les luttes politiques de manière générale, et Solidays c’est aussi pour eux un vrai temps d’éveil des consciences, de découvertes, de rencontres. C’est absolument fascinant, quand vous voyez des petits jeunes qui ont 15, 16, 17 ans, qui viennent de passer le bac de français, qui débarquent sur vos stands, qui ont les yeux grands ouverts et qui se renseignent ! Tout à l’heure, tu avais une gamine de 16 ans qui découvrait Ikambere qui est une association de femmes africaines, elles étaient hallucinées par tout ce qu’elles faisaient , c’était trop chouette de les voir ! C’était tellement chouette de voir ça, hier, pendant le patchwork des noms, c’était surréaliste, au début du patchwork avant que cela ne commence, les jeunes se demandaient un peu ce qui se passe, ils attendent le concert d’après, ils sont là : « on veut de la musique, que ça gueule un peu ». Et à peine la cérémonie a commencé, à peine les patchwork ont commencé à s’ouvrir, les gens ont commencé à égrainer les prénoms, l’attention et la tension ont monté de façon très belle et très douce et on sentait vraiment une prise de conscience, il y avait des jeunes qui, tout à coup, se levaient, restaient debout et tout à coup, ne se sentaient plus de rester assis. Il y avait quelque chose. Ici, il y a quelque chose, c’est une zone érogène de solidarité, c’est un vrai summer of love, c’est vraiment ça, Solidays, il n’y a que cet endroit en France où ça existe, où il y a un festival, c’est le deuxième plus gros festival de France qui est monté par 1200 bénévoles, c’est énorme ce qu’il s’y passe. C’est énorme ce qu’il s’y créé. Voilà toutes les raisons qui font que c’est important. Je pourrais continuer pendant des heures mais je me dis que tu as peut-être d’autres questions plus intéressantes !

Alexandre : Que pensez-vous de l’organisation, grosso modo, cette année, des Solidays, de la mobilisation des jeunes, de l’information, de la prévention des jeunes par rapport au VIH en général ?

Soeur Rose : L’organisation à Solidays c’est toujours un petit peu Rock N’ Roll parce qu’encore une fois, c’est un festival qui est fait principalement par des bénévoles, il y a très peu de personnes qui sont payées sur ce festival, il y a très peu de professionnels, ce qui donne son charme à Solidays, ce qui donne ce côté familial, ouvert à tout le monde, où tout le monde met la main à la patte. Le vrai temps fort de prévention à l’intérieur du festival c’est l’exposition Sex In The City, qui est une exposition de Solidarité Sida sur la sexualité à laquelle les Soeurs participent, dans l’espace Safe à la fin, où les gens peuvent poser des questions. C’est difficile de définir la prévention parce que justement, la vision de nos associations, que ce soit les Soeurs, Solidarité Sida, c’est vraiment d’adapter en fonction de la personne qui nous parle. On n’est pas là pour faire des grandes campagnes, on n’est pas là pour faire de l’affichage, on est là pour discuter, de personne à personne, essayer de faire passer les messages de prévention adaptés en fonction de la personne qui est devant nous. Un jeune de 16 ans, c’est pas la peine de lui expliquer d’entrée de jeu comment fister par exemple, c’est le meilleur moyen de le perdre. Donc on adapte, il n’y a pas un truc spécifique, c’est vraiment en fonction de ce que disent les gens, les gens ont beaucoup de questions sur la sexualité, sur le corps, et puis il y a quelque chose auquel on croit très fort chez les Soeurs, on ne se définit plus comme une association de lutte contre le SIDA, simplement, quand on se présente par exemple, on se définit comme une association qui milite pour une sexualité joyeuse. Isoler le SIDA de la sexualité et du corps, ça nous semblait plus cohérent aujourd’hui. Surtout face à des jeunes qui sont nés après l’an 2000, quand tu te retrouves face à des jeunes de 15-16 ans, le SIDA, ça reste très très très très loin, ce sont des réalités qui leurs sont profondément éloignées. Des petits jeunes qui sont lycéens ou étudiants à Paris, ça reste des choses qui sont loin d’eux. Par contre, la sexualité, c’est quelque chose qui est proche d’eux. Donc nous on est là pour parler de ça avec eux, et leur faire comprendre à quel point cette jolie chose qu’est la sexualité a besoin d’être protégée. On a besoin de faire attention à soi, et on a besoin de faire attention à ses partenaires. Et au fond, ce message, il est valable dans la sexualité, dans la lutte contre le SIDA, dans la prévention, mais il est valable pour tout. C’est un peu le message des Soeurs, c’est un peu comme ça que nous, on aborde la prévention sur les Solidays.

Alexandre : Et ce message il est présent dans vos messes d’ailleurs, est-ce que vous pouvez me parler de ces fameuses messes, Comment décrire ces messes à quelqu’un qui n’a pas forcément eu la chance de pouvoir participer au festival Solidays, qui ne peut pas les voir ?

Soeur Rose : C’est un mélange entre… un peu comme une revue de Line Renaud à Las Vegas si elle avait pris des acides. Tu vois ? C’est assez visuel, en gros, c’est un spectacle d’une vingtaine de minutes, c’est notre messe, c’est là où l’on parle de ce dont on a envie, où personne ne peut nous empêcher de ce qu’on veut, et du coup on égraine un peu tous les sujets qui nous touchent, qui nous énervent, qui nous agitent, qui nous questionnent, qui nous interrogent, on essaie d’y faire passer des messages sérieux, en étant légères, et des messages légers en étant sérieux, on parle évidemment de prévention, on parle d’homophobie, cette année on parle beaucoup de l’état d’urgence, des attentats, parce que c’est quelque chose qui nous questionne ! La politique du gouvernement aujourd’hui, les dérives sécuritaires, la répression du mouvement de la Loi Travail, qu’on soit pour ou contre cette loi, nous inquiètent particulièrement. En même temps, c’est assez traditionnel d’un gouvernement qui sait qu’il ne va pas être reconduit que de durcir le ton et de perdre un peu les pédales ! Mais néanmoins, c’est tellement violent, on a besoin d’interroger les gens là-dessus, on n’est pas là pour apporter la bonne parole, on n’est pas une religion, on n’a rien à graver dans le marbre. On écrit éventuellement avec des paillettes mais c’est tout. Nous, on est là pour se faire questionner les gens, et c’est ça le but de la messe, ce n’est pas de leur apporter des réponses mais de leur proposer des questions.

Interview et transcription : Alexandre Bordes

Comment contacter les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence ?
- > http://www.lessoeurs.org/