Notre spécial Solidays : écoutez les interviews aux artistes et au public du festival !

, par Cristina

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Notre spécial Solidays : écoutez les interviews aux artistes et au public du festival !

Cristina : C’est le moment de notre spécial Solidays, le festival organisé par Solidarité SIDA qui cette année est arrivé à sa vingtième édition. Un festival des richesses morales et humaines, avec des têtes d’affiche plus au moins engagées. Nous allons écouter quelques interviews des artistes. On commence par Feu ! Chatterton un groupe qui m’a donné l’impression d’être bien conscient des enjeux de ce festival. Ils répondent à la question qui leur a été posée en conférence de presse : quel message avez-vous pour ce public assez jeune de Solidays ?

Début de l’enregistrement :

Feu ! Chatterton : Protégez-vous, continuez à vous protéger. Même des gens qu’on connaît ( j enlèverais le « ils « qui fait vraiment lourd et incorrect même à l oral) font la bêtise d’arrêter de se protéger à un certain moment. Mais c’est très important. Prenez du plaisir aussi. Aujourd’hui il y a de très bons préservatifs, fait en plastique léger.

Cristina : Une question un peu directe : c’est quand la dernière fois que vous vous êtes fait dépister ?

Feu ! Chatterton : Moi, ça fait 6 mois. Moi, 8 mois. 1 an. Moi, aussi 1 an.

Fin de l’enregistrement.

Voilà Feu ! Chatterton, ils étaient un peu sur la blague. Je vous propose d’écouter encore une brève interview d’ un autre artiste Eddy de Pretto qui a l’air d’être un peu moins engagé.

Début de l’enregistrement :

Eddy de Pretto : Motivation supplémentaire non, pas forcément. Je suis complètement OK avec le fait que ce festival soutienne le VIH, mais ça ne s’est pas forcément passé comme ça. Avec mon équipe, on a travaillé sur le festival qu’on pouvait faire cet été, les Solidays sont arrivés, je trouvais ça très bien, et on y était allés.

Fin de l’enregistrement.

Cristina : Voilà, c’est tout ce que nous dit Eddy de Pretto, pour lui ce n’était pas une motivation supplémentaire de participer à Solidays pour l’engagement. Il était juste là, il a juste choisi, ce n’était pas tout à fait ça que nous attendions des artistes qu’on a essayé de rencontrer à Solidays.

Sandra : Au moins Eddy de Pretto il a l’honnêteté de le dire, parce qu’il aurait pu dire « je suis à fond pour la cause ». Au moins il l’a dit. J’espère que le fait d’avoir participé au festival Solidays va lui ouvrir l’esprit, et lui faire prendre conscience que c’est important le VIH, qu’il y a des personnes qui malheureusement meurent encore du VIH dans les pays où on n’a pas accès aux traitements. Espérons que ça lui ouvre l’esprit parce qu’il est jeune, il me semble.

Yann : En plus, il y a quand même du boulot car il faut qu’il apprenne à chanter. C’était un avis totalement personnel...

Cristina : C’était la petite flèche de Yann, Sandra était très gentille parce que moi aussi j’étais quand même un peu dégoutée de cette réponse, mais ça peut arriver. On espère que dans le futur, Eddy de Pretto va grandir, qu’il va s’améliorer. Mais il y avait un autre groupe qui était mon préféré, Shaka Ponk. J’ai donc pris mon courage et demandé : ça fait plusieurs années que vous participez à Solidays, on peut dire que vous êtes un groupe engagé dans la lutte contre le SIDA ? Si oui, qu’est-ce que vous faites pour ? A ta place, je reformulerai cette question, qui est incorrecte. Peut être : Que faites-vous concrètement ? Ou Quelles actions faites-vous ?

Début de l’enregistrement :

Shaka Ponk 1 : On est en train de travailler sur un gros projet pour l’écologie avec la fondation Hulot qui va voir le jour la semaine prochaine, ça nous a pris trois ans de travail. Ca c’est notre gros bâton, notre gros dossier. Mais, par contre, on adore venir mettre une petite pierre à l’édifice de Solidarité Sida et faire des concerts ici, parce que c’est quand même très très plaisant, au-delà de la cause. On a fait voeux de chasteté dans Shaka Ponk, donc normalement ça serait notre façon d’éviter de proliférer la maladie et de participer à la lutte contre le SIDA.

Shaka Ponk 2 : Mais ce n’est pas une solution qui convient à tout le monde.

Shaka Ponk 1 : Nous on a fait ça mais bon, ce n’est pas que pour ça. C’est parce que aussi ça suffit, sexuellement, tout ça, et donc on a décidé d’arrêter le sexe complètement. Mais, pas contre, pour ce qui continue, on sait tous, en tant que vieux, que la solution ultime contre le virus c’est la protection. Le problème, c’est que les nouvelles générations ne le savent pas, il faut le redire, ce qui doit être un enfer pour Solidarité Sida, qui doit se retaper le dossier à chaque fois. C’est éduquer, faire comprendre aux gamins que si on ne le voit pas, il est quand même présent et dangereux.

Shaka Ponk 2 : C’est un beau festival, où on peut se rassembler. On a de la chance : il fait beau, il y a la musique, et puis juste retrouver un peu de légèreté, pour aborder ou pas des sujets. Il y a des gens qui passent juste écouter la musique, mais quand on a le sourire sur le visage ça donne envie de s’arrêter, de parler aux gens, de parler de tout. Ici, effectivement, il y a quelque chose qui est visée et les gens viennent aussi pour se sensibiliser. Nous les premiers, on rigolait tout à l’heure sur la sexualité mais au niveau de la sexualité, on n’a pas trop le temps de s’informer sur les nouvelles technologies, alors qu’ici on vient en général pour en parler, les poches pleines de bonnes idées.

Fin de l’enregistrement.

Cristina : Voilà c’était Shaka Ponk qui nous disait qu’avec le sourire on peut aborder tous les sujets, ou pas. C’est ça qui s’est passé un peu à Solidays ; on pouvait parler de tout. J’ai interviewé encore des personnes que j’ai rencontrées au Village de la solidarité, sur les scènes des concerts, les participants, les bénévoles et les activistes. Personne n’a refusé de répondre au micro de Vivre avec le VIH.

Début de l’enregistrement :

Fille : On a eu pas mal de prévention à l’école, toutes les campagnes de publicité, donc on est, je pense, assez bien informé sur ça, après c’est vrai que du coup on fait attention, et qu’on vit un peu avec, dans ce contexte-là.

Garçon : Mais justement, c’est bien qu’il y ait des personnes qui essaient de faire en sorte que ce soit connue et qu’on puisse se protéger. Je trouve ça bien.

Cristina : Vous pensez que ça ne se fait pas assez ? Par exemple, vous avez dit à l’école, vous avez fait de la prévention, de l’information, mais ce n’est pas assez ?

Fille : Personnellement je pense avoir été bien informée, aussi bien à l’école, au planning familial etc., il y avait pas mal d’informations. Mais je pense que, quand même, j’ai eu la chance d’être dans des établissements où on était assez bien informé, et à mon avis ce n’est pas partout pareil. Il doit y avoir des endroits où les personnes sont un peu moins bien informées, malheureusement, on entend souvent que le Sida progresse à nouveau, et c’est vraiment dommage.

Garçon : C’est vrai qu’il y a des endroits où ce n’est pas forcément dans les établissements scolaires, je trouve qu’il y a peut-être encore un effort à faire de ce côté-là. Moi qui vient du sud, c’est vrai que dans le sud le niveau de communication n’était pas forcément au rendez-vous. C’est vrai que moi, personnellement, j’ai eu la chance d’avoir mes parents, l’éducation, même mon environnement, on va dire. J’ai eu la chance d’être à l’écoute, de pouvoir m’informer par moi-même mais c’est vrai qu’il y a des endroits où je pense qu’il y a encore peut-être des efforts à faire.

Cristina : Dernière chose, je vous fais un petit quiz. Par exemple, est-ce que vous connaissez la différence entre VIH et Sida ?

Fille : Il me semble que VIH c’est immunodéficience. Du coup, en fait, c’est qu’on est plus sensible aux maladies. Si je comprends bien, on ne peut plus se défendre contre des maladies qui normalement sont bénignes et, du coup, comme notre corps ne peut plus se défendre contre ça, on tombe malade.

Cristina : Et comment on peut attraper le VIH ?

Fille : Par rapport sexuel, par transfusion de sang également.

Garçon : Oui en contact avec le sang.

Fille : Rapports sexuels non protégés.

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Fille 1 : Moi, c’est la troisième fois.

Fille 2 : Moi, la quatrième.

Cristina : Et à chaque fois, vous venez faire un tour dans le Village de la solidarité ?

Fille 1 et 2 : Oui.

Cristina : Et vous faites quoi maintenant ? Est-ce que vous vous arrêtez avec les associations, vous découvrez ?

Fille 1 : Oui c’est ça. Comme il y en a beaucoup, on s’arrête sur celles qui nous interpellent, quand il y a des petites activités à faire on peut le faire aussi, on se promène comme ça.

Cristina : Mais qu’est-ce qui vous a porté les plus ici ? La fête, les artistes, le thème ?

Fille 1 : On vient surtout pour les artistes, pour écouter la musique, faire la fête et tout, mais c’est vrai qu’on sait aussi qu’il y a une portée solidaire.

Fille 2 : Du coup, tout ça fait qu’il y a une ambiance particulière, et donc c’est ça que chaque année nous amène ici.

Cristina : Et vous vous renseignez aussi sur le Sida, ou pas vraiment ?

Fille 1 : Pas spécifiquement. On est étudiantes en médecine. Du coup, on est un peu informées.

Cristina : Du coup si je dis que quelqu’un a le VIH, mais il n’a pas le Sida ?

Fille 1 : Oui ça veut dire qu’il a le virus mais ce n’est pas déclaré.

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Soeur 1 : Je porte l’habit des sœurs de la perpétuelle indulgence. Donc les sœurs de la perpétuelle indulgence sont un ordre international qui porte les habits des bonnes sœurs, donc du coup j’ai le visage immaculé de blanc, des cornettes pour entendre et écouter nos joies, et parce que je suis d’une beauté radieuse. J’ai mis un petit tailleur avec des petits collants, et aux Solidays j’avais peur qu’il y ait de la boue. Du coup, j’ai mis des petits talons mais d’habitude je n’ai pas peur d’avoir 12 cm des talons, vu que j’ai déjà goûté à 19 ou 22 cm... Nous sommes là aussi depuis 20 ans, 20 ans de Solidays pour rencontrer les gens, aller à la rencontre des gens, à fin de diffuser nos vœux, qui sont de promulguer la joie multiverselle, d’expier la honte et culpabilité stigmatisante, mais également... Aidez-moi mes sœurs !

Soeur 2 : La paix, la joie, l’amour, le sexe.

Soeur 3 : L’information et la prévention, et la mémoire des gens qui sont décédées. Et puis : enjoy, pour toute la vie.

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Garçon : Il faut vivre avec le VIH.

Fille : Aider les gens qui vivent avec le VIH.

Cristina : Il faut les aider ? Et comment ?

Fille : Oui, en les acceptant déjà. En arrêtant de le stigmatiser.

Garçon : En faisant quelque chose de naturelle parce que ça peut arriver à tout le monde. Personne n’est à l’abri de ce genre des choses. Il n’y a pas quelqu’un qui est immunisé contre ça, pour l’instant, en tout cas ça n’a pas été prouvé scientifiquement, donc tout le monde est concerné par le Sida.

Cristina : Est-ce que vous vous protégez ?

Garçon : Malheureusement pas assez.

Fille : Moi oui.

Garçon : Oui, elle oui car elle a très peur.

Fille : Je suis bénévole dans une association à Marseille qui accompagne des personnes séropositives dans l’acceptation de la pathologie, et aussi dans toutes les démarches administratives que tu as à faire quand tu découvres ta maladie et qui apporte un soutien social aux personnes concernés.

Garçon : Malheureusement toutes les personnes ne se sentent pas assez concernées et informées, surtout. Par exemple il y a beaucoup de personnes qui ne savent pas qu’on peut se fair dépister gratuitement.

Cristina : Par exemple vous vous faites dépister ?

Garçon : Régulièrement. Tous les 6 mois aux minimum. Entre 3 et 6 mois. Quand on a une vie de célibataire, avec des activités sexuelles régulièrement. Si on est en couple et on est en confiance c’est pas la peine de le faire assez souvent. Mais je pense que même si tu es en couple, va quand même de ton côté faire de temps en temps faire un petit dépistage, car l’infidélité malheureusement peut te provoquer des maladies que tu n’as pas voulues.

Cristina : Cette année vous êtes venu vraiment pour le thème, ou pour les artistes aussi ?

Garçon : Les deux. Pour soutenir la cause parce que moi je suis homosexuel donc c’est une cause qui me touche personnellement, et pour les artistes qui sont là parce que cette année c’est assez fleuri.

Fille : Même si c’est cher parce que ça reste quand même à un certain prix. Après c’est censé être pour une bonne cause, entre guillemets parce qu’on ne sait pas tout, mais dans la logique c’est pour la bonne cause et du coup il faut que ça perdure parce que en fait le VIH, la maladie le Sida c’est tellement rentré dans le … que quand vous parlez avec les jeunes ils ont l’impression que c’est comme une grippe, et c’est tellement banalisé dans la société que l’on oublie que c’est grave et que ça touche des milliers de gens, et que ça détruit des vies. Je pense que c’est dans des événements comme ça qu’on monopolise la société et qu’on redonne un coup de … en disant c’est grave et il faut donner des moyens.

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Garçon : Moi j’ai étudié le Sida.

Cristina : Et qu’est-ce que c’est le Sida ?

Garçon : Je sais que c’est un virus qui empêche les lymphocytes de se développer. C’est un virus qui fait que les lymphocytes se détruisent entre eux.

Cristina : Vous vous êtes fait dépister ?

Garçon : Moi non, pas directement.

Cristina : Jamais dans la vie ? Pourquoi ?

Garçon : Non. Parce que les personnes avec qui j’étais se sont faites dépister et j’en ai conclu que si elle l’était pas, je ne l’était pas.

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Fille : C’est un festival beaucoup engagé, on nous sollicite beaucoup pour la cause des femmes, l’égalité, et la cause des homosexuels. Donc oui, c’est un festival engagé.

Cristina : Mais c’est un festival où les bénéfices vont aller à la recherche contre le Sida. Vous savez qu’est-ce que c’est le Sida ?

Fille : C’est une maladie sexuellement transmissible.

Cristina : Comment ça se transmet ?

Fille : Quand on a un acte sexuel sans protection.

Cristina : N’importe quel acte sexuel ?

Fille : Oui, n’importe.

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Fille : Solidays c’est un festival assez cool, où on s’amuse, on peut faire la fête, il n’y a pas des discriminations, il n’y a jamais d’embrouille aux Solidays et c’est quand même assez agréable. C’est toujours très bonne ambiance, et c’est chouette.

Cristina : Le thème de Solidays, est-ce que ça vous touche en particulier ?

Fille : Oui, bien sûr. J’ai supporté Solidarité Sida depuis 10 ans, du coup oui, forcément, je pense que ça devrait être la considération de tout le monde. Surtout qui porte des valeurs un peu plus élargies que juste la solidarité vers les gens atteints du Sida, il y a aussi la solidarité avec tous les migrants, il y a toujours plus des valeurs contre l’homophobie, le sexisme, c’est un festival qui porte des jolies valeurs, et pas uniquement la solidarité avec les gens qui ont contracté le Sida.

Cristina : Une question plus directe : c’est quand la dernière fois que vous vous êtes fait dépister ?

Fille : Moi je vais me marier, donc depuis que je suis avec mon compagnon, mais sinon systématiquement.

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Garçon 1 : Solidays c’est vraiment un festival complet, aussi bien des grosses têtes d’affiche, des plus petites, tous les styles de musique, il y a les associations, c’est un tout, c’est vraiment global. C’est un festival à parts.

Cristina : Là vous revenez du Village de la solidarité. Est-ce que vous avez rencontré une association en particulier que ça vous a plue, ça vous a intéressé ? Vous avez parlé avec quelqu’un ?

Garçon 2 : Oui, on a vu Amnesty international, c’était pas mal, on s’est aperçu qu’il y avait encore des choses à travers le monde qui ne se font plus chez nous et qui se passent encore ailleurs.

Cristina : Est-ce que le VIH ça se passe aussi chez nous ou pas ?

Garçon 2 : Oui encore, bien sûr, malheureusement.

Garçon 1 : Il y a encore des choses que les gens ne savent pas. Il y a des choses qui ne sont pas dites, il y a des informations qui circulent mal. Même moi j’ai encore appris des choses, alors que je pensais déjà tout savoir sur le VIH.

Cristina : Par exemple ?

Garçon 1 : Par exemple comment est-ce que peut se transmettre. Je savais qu’il y avait la possibilité par le sang, par certains fluides, mais j’ai appris encore des choses sur.... Du coup c’est ça qui c’est intéressant.

Fin de l’enregistrement

Cristina : On a écouté un spéciale Solidays, on a écouté les soeurs de la perpétuelle indulgence, des voix qui disaient que tout le monde est concerné, des informations pas exactes. Est-ce qu’il y a quelque chose qu’il a retenu plus votre attention ?

Sandra : Oui, moi je vais commencer par déjà rappeler les modes de transmission parce que ça m’a un peu étonné quand j’entendais des jeunes qui disaient ça fait quatre ans que je viens et ne connaissent toujours pas les modes de contamination du VIH. Il y a évidemment les rapports sexuels non protégés, de la mère à l’enfant, par transfusion sanguine, et échange des seringues. Sinon ce que nous avons entendu je pense que ça donne envie d’aller au festival Solidays, on sent la bonne ambiance, c’est super que ça existe, et ça nous met aussi en responsabilité. Il faut toujours informer, ne pas s’arrêter et, une dernière chose, je rappelle que pour les personnes qui sont séropositives, il y a quelques jeunes qui disaient qu’il ne faut pas rejeter les personnes séropositives, d’autant plus qu’une personne séropositive qui prenne correctement son traitement, qui a une charge virale indétectable depuis plus de 6 mois, et qui n’a pas d’autres infections sexuellement transmissibles (IST) ne transmet pas le VIH. Donc il y a différentes manières de se protéger du VIH. Quand on est séronégatif évidemment capote, capote. Malheureusement si on est séropositif ce n’est pas la fin, on peut quand même protéger son partenaire grâce aux traitements. Quand on peut le prendre, évidemment.

Yann : J’ai trouvé que c’était très représentatif un petit peu du public que pouvait passer nous voir en questionnement sous le stand, bravo Cristina.