André, 51 ans : « Je suis un homme battu, 4 ans que ça dure, j’ai peur »

, par Sandra

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André et Mohamed
André, 51 ans : « Je suis un homme battu, 4 ans que ça dure, j’ai peur »

Sandra : Aujourd’hui, André t’es venu aussi nous parler d’une situation difficile que tu vis en ce moment avec ton ex-femme.

André : Pas encore, on est en instance de divorce.

Sandra : Oui, excuse-moi. Ce n’est pas encore ton ex-femme.

Mohamed : Bientôt !

Sandra : Tu as eu par la suite d’autres histoires amoureuses, le VIH ne t’a pas empêché d’être heureux en amour. Et puis un jour tu as rencontré quelqu’un avec qui tu t’es marié. Malheureusement, ça ne va plus en ce moment. Est-ce que tu peux nous raconter ?

André : Je vis ce que vit une femme battue. Je suis un homme battu. Ca fait 4 ans que ça dure. J’ai dû mal à me faire entendre. J’ai beau faire des plaintes, on ne me croit pas. On pense que je ne dis pas la vérité. Ils ont du mal à concevoir qu’un homme puisse se faire taper par sa femme, alors que c’est la vérité.

Sandra : 4 ans que tu es dans cette situation, pourquoi est-ce que tu n’as pas encore quitté l’endroit où tu vis avec elle ?

André : Au début c’est parce que je l’aimais, je pensais qu’elle allait changer ou j’allais pouvoir l’aider à se soigner mais, après j’ai vu que, ça ne sert à rien quoi. Elle délire de plus en plus. Puis j’ai rencontré une amie, une fille au Comité des familles, je me suis mis avec elle et elle m’a donné la force de faire les démarches de divorce.

Sandra : Ah parce qu’avant, tu n’avais pas entamé les démarches de divorce ?

André : Non, j’avais fait des plaintes…

Sandra : Tu espérais encore ?

André : Oui. Mais après, cet été elle a été trop loin. Elle a cassé les carreaux de la fenêtre, elle me met du piment dans les yeux. Je ne peux plus. C’est horrible quoi.

Mohamed : Elle était comme ça avant que tu te maris ?

André : Non, c’est vrai qu’elle était un peu violente. Elle tapait sur les enfants, mais pas sur moi.

Mohamed : Mais quand vous avez voulu vous marier, elle n’était pas violente ?

André : Non, jamais touché. C’est quand elle est arrivée en France.

Mohamed : Ah ! Et c’est là que ça a commencé les violences ?

André : Oui, quand sa situation a commencé à s’arranger. Elle a commencé à faire des jalousies qui n’existent pas, parce que j’avais personne. Je lui ai toujours été fidèle. Au début c’était avec une voisine qui était au cinquième étage, elle devait avoir le même âge que toi Sandra.

Sandra : J’ai 29 ans.

André : Oui, elle était jeune comme toi. Elle me dit que je sors avec alors que je n’allais pas avec. J’étais obligé d’aller chercher la fille pour qu’elle lui dise non. Mais c’est comme si je parlais à un mur, elle continuait. Dès que la fille descendait, elle ouvre la porte, elle commençait à l’insulter.

Mohamed : Tu as eu des enfants avec elle ?

André : Non. C’est elle qui a des enfants en Afrique, et je les ai reconnus. Mais eux, ils ne sont pas ici donc ils ne savent pas. Ils croient leur mère.

Sandra : Il existe par exemple des choses pour les femmes quand ce sont les femmes qui sont maltraitées, violentées, il existe des choses pour qu’elles puissent s’exprimer, il y a des structures. Mais pour les hommes, malheureusement, il n’y a rien.

André : On peut les mettre en sécurité, les loger.

Sandra : Je ne suis pas sûre parce que j’ai appelé le numéro SOS femmes battues et donc, elle m’expliquait que la solution c’est soit le 115 ou qu’elles partent, qu’elles aillent vivre ailleurs, chez des amis, chez la famille mais, elles n’ont pas ce genre de solution, pas forcément. C’est très difficile le logement.

André : Il y a des associations qui ont, qui peuvent héberger les femmes.

Sandra : Peut-être mais c’est très peu par rapport au nombre de femmes qui subissent les coups de leur conjoint. C’est très peu. Et effectivement, j’ai regardé avec toi, parce que ça m’étonnait qu’il n’y ait rien pour les hommes victimes de violences, eh bah il n’y a rien. Qu’est-ce que tu as envie de dire ? Aujourd’hui, tu as l’occasion d’avoir le micro.

André : A tous les hommes qui sont dans ma situation ne plus avoir honte, d’aller porter plainte, de le dire, de ne pas avoir honte. C’est comme ça qu’on va nous entendre et qu’il y aura des associations qui vont se créer. On ne verra plus des affiches où on marque toujours “femmes battues”. On mettra aussi “hommes battus”. J’ai vu une fois à l’hôpital une affiche “quand papa tape maman, ce n’est pas bien”. Mais j’aimerai bien aussi voir “quand maman tape papa, ce n’est pas bien”. Mais pour ça, il faut que tous les hommes qui sont battus n’aient plus honte et qu’ils aillent porter plainte. Là, on sera obligé de croire, bah oui, ça existe. Tant qu’ils vont se cacher, ou qu’il y en a 1 ou 2, ils ne vont pas croire. La police voit toujours des femmes qui viennent dire “mon mari me tape, mon conjoint me tape” mais pas d’hommes. Quand moi je venais dire qu’on me frappe, on me regarde comme ça, “ah bon, votre femme vous tape ?”. Ou alors le médecin de Jean Verdier, elle m’avait ouvert la tête, j’avais la tête en sang, “qui c’est qui vous a fait ça ?”. Je dis que c’est femme. Il s’est mis à rigoler. Après il est parti dans leur local, il a vu les autres autres collègues, ils commençaient à se foutre de ma gueule, j’entendais “ouais, c’est sa femme qui le tape, ah ah ah”. Ce n’est pas normal ça. Ca le faisait rire.

Sandra : Non, c’est un total manque respect.

André : Après je lui ai dit “donnez-moi mon certificat médical”. Il me dit “vous me laissez faire le soin, sinon je ne vous le donne pas”. J’ai dit “non, je n’aime pas qu’on se moque de moi”. Il m’a laissé là, il est parti, il m’a laissé comme un chien. Il n’en avait rien à foutre. Donc je n’ai pas pu avoir le certificat médical. C’est souvent comme ça. Ou un autre qui m’a dit, je vais voir le service juridique, il m’a emmené, c’était là où ils envoient les gens, quand la police demande un médecin pour voir une personne qui a été agressée. Il dit “c’est monsieur qui me dit que sa femme le tape mais moi je n’étais pas là pour voir”. Donc ça veut dire qu’il ne me croit pas. Ils me font le certificat, ils marquent agression. Et quand c’est ma femme qui vient dire que soit-disant je l’ai tapée, parce qu’elle m’a montré, elle ne sait pas lire, ils marquent violences conjugales. Mais moi non. Ils font des différences. Et elle, ils lui remplissent toute la feuille pour bien m’enfoncer. Et moi, juste 3 lignes, on a constaté qu’il a une plaie, voilà, stop. On ne me croit pas, on ne me prend pas au sérieux.

Sandra : Tu disais que tu es en instance de divorce, donc comment ça se passe ? Il y a une date de prévue pour un jugement ?

André : Il y a un jugement mais ce n’est pas pour le divorce. Parce que comme elle a été faire des fausses plaintes, la première fois elle a dit qu’elle voulait faire une main courante contre une personne, elle m’a obligé à l’accompagner, elle commençait à s’énerver. Arrivé au commissariat de Noisy-le-Sec, moi je pensais qu’elle allait faire une main courante. Elle a commencé à faire sa comédie, qu’elle ne va pas bien. La policière elle pensait qu’elle avait un problème. Elle l’a emmené à part. Ce n’était plus une main courante qu’elle était en train de faire derrière mon dos, c’était une plainte contre moi. Elle s’était maquillée, elle avait mis du fond de teint pour faire croire qu’elle avait un bleu dans chaque joue. Parce que le lendemain, quand on m’a libéré, elle n’avait plus rien. Elle même elle m’a dit qu’elle avait mis ça. Elle m’a avoué. Donc il y a eu 2 - 3 policiers qui sont sortis avec la policière qui avait emmené ma femme, je ne sais pas où ils l’ont mise, ils l’ont cachée. “Vous venez avec nous, l’officier de police judiciaire de Bobigny veut voir. J’ai dit pourquoi ? - “Vous avez frappé votre femme”, elle a des bleus. J’ai dit “mais ce n’est pas moi”. Ils m’ont menotté, ils m’ont emmené à Bobigny et garde à vue. Ils ne m’ont même pas demandé mon avis, je me suis retrouvé aux Lilas, en garde à vue. C’était horrible. Le lendemain on m’a libéré et il lui avait donné rendez-vous à l’hôpital Jean Verdier à l’unité médico judiciaire pour faire un examen. Elle me dit de l’accompagner. Moi, comme un imbécile, je l’ai accompagnée. Elle va dire la vérité, que je ne veux plus faire l’examen. J’arrive là-bas, elle rentre chez le médecin et elle dit au médecin que je voulais l’obliger à ne pas faire l’examen. J’étais là, je l’attendais et je vois des policiers qui viennent et ils me disent monsieur, vous venez avec nous, vous voulez forcer votre femme à ne pas faire son examen. Je dis mais ce n’est pas vrai. C’est elle qui m’a dit de venir. Ils ne m’ont pas écouté, menottes, garde à vue à Bondy. De Bondy ils sont venus me chercher pour aller aux Lilas. Ils ont renouvelé ma garde à vue. Elle aussi après elle me cherchait. Elle croit que c’est comme en Afrique, si vous mettez quelqu’un en boite, vous pouvez aller au commissariat, dire non, il n’a rien fait, laissez-le sortir, un petit billet, ils le laissent sortir. Mais ici, ce n’est pas comme ça. Ici, on vous enferme, ce n’est plus vous qui décidez. J’étais enfermé et je l’entendais. “Mais madame, il ne fallait pas porter plainte s’il n’a rien fait”. Donc on doit aller au tribunal correctionnel de Bobigny le 21 décembre. Je ne sais pas ce qui m’attend.

Sandra : Bon, il y a l’instance de divorce en cours. Là en ce moment, tu retournes tous les soirs chez elle ? Enfin, c’est chez toi aussi.

André : Je ne veux plus, c’est pour ça que…

Sandra : T’as pas d’autres solutions ?

André : Non, l’assistant social dit qu’il n’y a pas de places. Ils ont fait une demande de SIAO, il m’avait dit quand je l’avais vu le 24 octobre, que ça n’a même pas encore été traité. Il m’a fait faire un autre dossier pour que je sois pris en urgence. Donc je dois le voir le 21 mais bon, s’il ne m’a pas appelé depuis, c’est qu’il n’a rien. C’est pour ça que je voulais profiter que je suis à la radio, s’il y a quelqu’un qui cherche un colocataire.

Sandra : Oui, tu travailles, tu as les moyens de payer un loyer.

André : Bon, je ne gagne pas beaucoup mais…

Sandra : Tu peux donner un petit quelque chose quand même

Mohamed : Voilà, qu’il n’hésite pas à contacter le Comité des familles et puis la cohabitation devrait bien se passer logiquement.

André : Si quelqu’un de la mairie entend mon témoignage, je suis en danger. J’ai peur. Maintenant, je ne sais pas comment elle a fait, elle m’a montré qu’elle une bombe lacrymogène dans son sac, elle me dit que c’est la police qui lui a donné, parce qu’elle raconte des… j’ai peur. Quand ce n’est pas du piment qu’elle me met dans les yeux, quand je dors, j’ai peur qu’elle me balance ça dans les yeux, pendant que je suis en train de dormir. J’ai peur, je suis en danger. Je voudrais sortir de là avant qu’elle me tue. S’il y a quelqu’un des institutions qui entend, qu’il fasse bouger mon dossier SIAO ou un hébergement, si vous m’entendez. Je n’ai pas envie de mourir. Je ne mens pas, je suis battu par ma femme, même si elle est forte pour manipuler les gens, c’est moi qui suis battu, pas elle.

Sandra : Chers auditeurs, vous avez entendu. Si vous pensez pouvoir aider André, n’hésitez pas à nous appeler au 01 40 40 90 25, vous pouvez aussi nous laisser un message sur le site comitedesfamilles.net. Si à votre tour, vous avez envie de témoigner sur ce sujet, n’hésitez pas à appeler aussi au 01 40 40 90 25 ou sur le site comitedesfamilles.net. Le silence ne sert à rien. Il faut parler, n’hésitez pas à prendre la parole. On sera là pour vous écouter.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE