C’est pour quand les « hébergements d’urgence partout » Emmanuel Macron ?

, par Sandra

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Emmanuel Macron / AFP
C’est pour quand les « hébergements d’urgence partout » Emmanuel Macron ?

Sandra : De retour à l’émission Vivre avec le VIH, vous êtes avec Mohamed, Christian, Jean-Sébastien Daniel qui travaille au samu social, le 115, et moi-même. Il reste moins de 10 minutes d’émission, donc ça va être chaud. Et puis je vais prendre la main, désolée Christian. Mais juste une question, Emmanuel Macron a dit : “Je ne veux plus d’ici la fin de l’année avoir des hommes et des femmes dans les rues, dans les bois. Je veux partout des hébergements d’urgence”. C’est une phrase qu’il a prononcée le 28 juillet 2017, lors d’une séquence consacrée aux réfugiés. Quelle a été votre réaction quand vous avez entendu cette phrase ? Parce que nous, à l’association, il y a des gens qui se sont dit : “c’est super, il va avoir des nouvelles places, je ne vais plus dormir dehors”. Moi j’ai essayé de minimiser en disant, ce n’est qu’une déclaration, je ne suis pas sûre que ça va vraiment changer tout de suite en tout cas. Est-ce que là, vous avez eu déjà des changements dans votre travail ?

Jean-Sébastien Daniel : Aucun.

Sandra : Merci Emmanuel Macron ! Est-ce que ça veut dire que les migrants sont prioritaires par rapport aux autres sdf qui sont Français ? Certains l’ont pris comme ça. Ca a un peu enclenché une guerre entre les sdf Français, (on va dire pure souche, on va dire ça comme ça, même si aujourd’hui, est-ce qu’on peut parler de Français pure souche ?) Et les migrants qui arrivent. Ca a créé un malaise.

Jean-Sébastien Daniel : C’est vrai. Mais je trouve que les médias y sont pour quelque chose dans cette petite manipulation. Le terme de migrants, nous on l’entend depuis 3 ans maintenant, ce qu’on appelle la crise des migrants. Bon. Est-ce que c’est la première ? Non, je ne crois pas. De cette ampleur, oui, c’est peut-être assez inédit. Mais, en fait, par exemple, des personnes d’origine soudanaise ou d’Erythrée ou de la corne de l’Afrique, ça fait longtemps qu’on en voit arriver sur Paris et qui vont à La boulangerie, qui demandent l’asile et qui sont en errance, qui essayent de s’en sortir et contactent le 115.

Sandra : Il n’y a rien de nouveau quoi.

Jean-Sébastien Daniel : Après c’est vrai, c’est l’ampleur des arrivées qui est très impressionnantes. Sur le centre du premier accueil d’Emmaüs à porte de la chapelle, on participe au comité de pilotage, on considère qu’il y a à peu près 20 arrivées par jour. 20 à 30 personnes qui arrivent par jour, sur Paris. Ce qu’on appelle nous la concurrence entre les publics, donc c’est très politiquement correct de dire ça mais, en gros d’avoir une personne qui dit je veux demander l’asile donc qui va aller sur un dispositif consacré, les demandeurs d’asile ont accès à un dispositif qui leur est consacré, c’est une obligation, un droit européen qui doit aussi exister en droit français. Après, la commission européenne a retoqué la France pas mal de fois par rapport à sa gestion des demandeurs d’asile. Encore aujourd’hui, ce n’est pas très satisfaisant. En fait, le problème, c’est qu’aujourd’hui on voit une volonté politique aussi de distinguer demandeurs d’asile, vrai demandeur d’asile entre guillemets et migrants économique. Sauf que pour nous, au 115 de Paris, c’est un accueil, un accès inconditionnel. On ne fera pas de différence. Après, on n’a pas plus de moyens pour l’accès à l’hébergement d’urgence dit de droits communs, qui n’est pas identifié comme étant pour les migrants ou les demandeurs d’asile. Donc en fait, il y a deux dispositifs qui coexistent et qui sont par moment perméables mais à la marge, mais en fait une personne qui arrive par exemple au centre de premier accueil, qui passe à la Bulle, qui ensuite est hébergée à la Halle, après passe au CESA, à la préfecture et elle est orientée en CAO, donc relocalisée ailleurs en province. Nous, on ne la voit pas cette personne. On n’en entend pas parlé. Après, si elle refuse de partir en CAO ou si elle est déboutée de sa demande d’asile, c’est le 115.

Christian : Quelqu’un qui n’a aucun repère, qui vient d’arriver en France et tout, on le loge 2 jours quelque part et le lendemain, on lui demande de libérer. Ce n’est pas très juste parce qu’en fait, c’est comme si qu’on aurait rien fait pour cette personne. Mais maintenant, est-ce que le 115 a le droit de demander le nom de la personne, le prénom, la nationalité, et autre chose. Vous avez le droit de demander ? Parfois on nous demande : “Est-ce que vous avez demandé l’asile, est-ce que vous êtes malade ? Des questions comme ça, moi, je suis indigent, je suis dans la merde, je veux être logé, le froid est en train de me massacrer et on peut me pose des questions comme ça. C’est juste ça que je voulais ajouter un peu.

Jean-Sébastien Daniel : Je sais bien, ce côté questionnaire, interrogatoire. Tout dépend comment c’est mené par la personne que vous avez au téléphone. On a essayé d’assouplir un petit peu ces pratiques parce qu’il y a eu des petites dérives je trouvais. La personne de toute façon est en situation d’errance, donc on se base sur ce qu’elle nous déclare. On n’a pas d’autre moyen de vérification. On ne doit pas le faire en fait, parce qu’elle appelle un numéro d’urgence parce qu’elle est nécessiteuse. En général, on n’appelle pas le 115 par plaisir. Attendre 45 minutes, et avant vous déjà essayé 10 fois, à mon sens, on ne le fait pas par plaisir. Parfois, il peut avoir un petit excès de zèle si je puis dire de certains écoutant “il faut que vous répondiez”. Non. Maintenant, les écoutants disent au premier appel d’une personne, lui énonce ses droits. Vous avez un droit d’accès de modification à votre fichier, puisque c’est la loi CNIL en fait, la loi informatique et liberté et également, vous n’êtes pas obligé de répondre aux questions qu’on vous pose. Si ce n’est pas à ce moment-là, ce sera pour ensuite. L’idée, c’est qu’on puisse faire un diagnostic social le plus fin, le plus précis possible pour orienter au mieux la personne vers ses droits, le soin et pour un hébergement adapté mais ce n’est pas pour faire le flic. On essaye de changer certaines pratiques et mauvaises habitudes mais on fait au mieux.

Sandra : Merci pour votre participation, je suis désolée il y avait encore tout plein de questions j’imagine. Merci d’avoir pris le temps de venir et peut-être qu’on aura l’occasion de de se revoir.