Karl, 34 ans, séropositif, raconte son quotidien en tant que sans-papiers en France

, par Sandra

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Karl, 34 ans, séropositif, raconte son quotidien en tant que sans-papiers en France

Sandra : Nous allons parler de l’aide au transport pour les bénéficiaires de l’AME. Je vous propose d’écouter le témoignage de Karl et on réagit après.

Karl : J’ai 34 ans, je suis venu en France ça fait bientôt 11 mois. Je suis séropositif depuis bientôt 11 mois parce que je suis venu en France tout juste après avoir appris ma séropositivité. J’ai quand même fui la discrimination, j’ai fui la rupture de médicaments. Je pense que j’aurais beaucoup plus de chances de vivre en France. C’est la raison pour laquelle j’ai quitté du jour au lendemain mon travail et ma famille pour me retrouver en France et être en situation irrégulière. Donc ce n’est pas facile.

Ce n’est pas du tout facile lorsque vous êtes en France en situation irrégulière. Ca veut dire quoi ? Que vous n’avez pas droit au travail. C’est difficile de travailler. Si vous ne travaillez pas, il y a souvent pas d’entrée de sous. C’est souvent difficile. Parfois, je suis obligé de travailler par exemple avec les vendeurs au marché moyennant 20 euros et puis ce n’est pas tous les jours. Il m’est souvent difficile de regrouper par exemple 100 euros le mois. Donc c’est souvent difficile. Malgré cela, parce que par la crainte d’être arrêté, d’être contrôlé par les agents de transport, je suis obligé, parce que c’est une contrainte pour moi, je suis contraint de verser 75,20 euros, mensuellement, pour le pass navigo. C’est vraiment difficile, vous n’avez pas idée, c’est difficile d’être en situation irrégulière. C’est difficile lorsqu’on n’a pas une source de revenue régulière.

C’est l’une des conséquences de cette situation que par moment, on est obligé de ne pas se déplacer, de manquer ses rendez-vous à l’hôpital. Il m’est déjà arrivé d’annuler 2 rendez-vous importants avec mon médecin traitant. Or, lorsque vous manquez vos rendez-vous, vous êtes obligés d’attendre encore 2, 3 semaines, voire des mois avant qu’on ne vous trouve encore une autre place. Donc, c’est la situation dans laquelle je suis actuellement. Ce n’est pas facile.

L’initiative qui est en train d’être prise, c’est juste un cri de détresse.

Un cri de détresse à ceux qui gèrent le transport. D’avoir quand même un clin d’oeil pour ceux qui sont en situation irrégulière, qui ont du mal à joindre les deux bouts à la fin du mois. D’avoir quand même une pensée pour ceux-là. Il faut qu’ils réduisent quand même le coût du transport. Là, ce serait vraiment la bienvenue pour nous.

Ce n’est pas de gaité de coeur que nous sommes en situation irrégulière, pas du tout. Ce n’est pas de gaité de coeur que nous avons quitté notre pays pour nous retrouver en situation irrégulière, ici. Vraiment, vivement que ce cri du coeur, de détresse, c’est ça que je lance aux gérants des sociétés de transport. Qu’ils aient quand même un regard envers nous qui sommes en situation irrégulière. Nous avons besoin de leur aide. Il faut qu’il réduise quand même le coût du transport, parce que ce n’est pas facile.

On ne veut pas être considéré comme des fraudeurs. Nous voulons juste vivre. Nous avons déjà une lourde charge, c’est-à-dire, la séropositivité. C’est déjà trop lourd à porter. Maintenant, qu’on soit encore en situation irrégulière et qu’on nous arrête dans les transports, ce serait encore un plus et ce serait la goutte qui va faire déborder le vase. Vivement que ce cri du coeur, ce cri de détresse puisse aller haut et puis transpercer le coeur de ces dirigeants. Qu’ils aient une pensée positive envers nous qui sommes en situation irrégulière, qu’ils réfléchissent à comment faire pour réduire le coût du transport, parce que les 75,20 euros sont vraiment énorme pour nous.

Sandra : C’était Karl au micro de l’émission Vivre avec le VIH. Dans les prochaines émissions, nous écouterons d’autres témoignages sur l’aide au transport pour les personnes bénéficiaires de l’aide médicale d’Etat, l’AME. Mohamed, qu’en penses-tu ?

Mohamed : Son cas est assez délicat. C’est valable pour tous les autres. On sait que les changements de loi ont récemment eu lieu avec la mise en place de la loi Pécresse qui a interdit le transport gratuit, même pour ceux qui bénéficie de l’AME.

Sandra : Ce n’était pas gratuit, mais ils payaient 16 euros.

Mohamed : C’est délicat pour eux, ils rencontrent beaucoup de problèmes, au niveau aussi de leur timbres fiscaux pour renouveler leur papier provisoire. Donc ce serait bien de mettre en place un minimum pour l’asile. C’est délicat à partir du moment où eux-même n’ont pas les papiers.

Sandra : N’hésitez pas à réagir sur le site comitedesfamilles.net. C’est en témoignant que les choses pourront je l’espère changer. Valérie Pécresse a convaincu qu’il s’agissait d’une injustice, que les personnes sans-papiers bénéficient d’une aide au transport. Quand on écoute Karl on se rend compte que cette aide accordée avant aux personnes sans-papiers, ce n’était pas du luxe et ce n’est pas ça qui va…

Mohamed : Remplir les caisses.

Sandra : Voilà, ce n’est pas une histoire de sous. C’est une histoire d’opinion. Discutez avec des personnes qui sont sans-papiers, quand vous allez vous rendre compte de la réalité de ce que c’est leur vie, peut-être que vous changerez d’avis, si jamais vous êtes de l’avis de Valérie Pécresse.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE