Vieillir avec le VIH : un plan personnalisé de soins pour les personnes séropositives

, par Sandra

Sandra : Vieillir avec le VIH, Norton n’osait même pas y penser et pourtant nous assistons à une augmentation de la longévité des personnes infectées par le VIH. En France, les patients de plus de 50 ans représentent plus de 23,6% des sujets enregistrés dans la base de données hospitalière française sur le VIH et 18% des patients nouvellement diagnostiqués VIH. Une équipe de médecins de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris a suivi l’évolution sur 4 ans d’une cohorte de patients infectés par le VIH, âgés de plus de 60 ans et recrutés par le COREVIH

David Zucman : Les COREVIH c’est des groupements régionaux qui réunissent des associatifs, des médecins et des infirmiers aussi sur le thème du VIH. Et donc, le COREVIH auquel je participe c’est le COREVIH Ile-de-France Ouest. Effectivement nous avons fait une étude sur notre COREVIH pour voir quelle était la situation des personnes infectées par le VIH âgées de plus de 60 ans, voir quels étaient leurs problèmes de santé, quels étaient les difficultés qu’ils pouvaient rencontrer, les pathologies liées à l’âge et liées au VIH.

Norton : La vieillesse ça me concerne, j’ai 50 ans, un demi-siècle, vieillir, les rides, la déformation. En gros ça.

Sandra : Et toi, tu vieillis bien ?

Norton : Ce n’est pas à moi de dire ça mais bon, je pense que oui.

David Zucman : C’est vrai que le thème du vieillissement maintenant devient de plus en plus important maintenant que l’infection VIH est une maladie chronique. On a maintenant tous les moyens pour bloquer le virus VIH. Les gens ne vont plus vers la maladie SIDA heureusement. Les gens vieillissent et il y a de plus en plus de personnes âgées de plus de 60 ans parmi la population infectée par le VIH. On se rend de plus en plus compte qu’il y a des problèmes particuliers dans cette classe d’âge et que ça demande une prise en charge médicale particulière et bien sûr que des études il y en a quelques-unes aux États-Unis, quelques une en France mais assez peu. Et nous, notre étude était un peu particulière parce qu’on a étudié de façon transversale à un moment donné ces patients âgés et on les a étudiés plusieurs années plus tard donc avec un suivi longitudinal et c’est en ce sens que cette étude est intéressante parce qu’elle permettait de voir l’évolution, quelques années après de cette population âgée. Il y en avait un peu plus d’une centaine, plus de 150 initialement. Comme il y a eu ce suivi longitudinal sur environ 4 ans, malheureusement on a eu à observer un certain nombre de décès. Donc c’est vrai que c’est ça qui fait l’importance de cette étude. C’est qu’on peut observer les causes de décès chez les personnes infectées par le VIH des personnes âgées. On voit que c’est quand même assez différent des causes de décès dans la population VIH tout-venant.

Norton : Je me dis quand même qu’il y a des risques d’avoir cette maladie, il faut prendre plus de soins, s’occuper plus de soi. Il y a quand même des risques de choper un sale microbe.

David Zucman : Avec l’âge, il y a beaucoup de pathologies qui vont se développer. Ça c’est valable pour la population générale et c’est encore plus vrai dans la population infectée par le VIH. Ce qui va être très marquant c’est justement les comorbidités, les pathologies associées avec l’infection VIH. Le lien avec l’infection VIH n’est pas toujours net ni avec les traitements d’ailleurs. Parfois il y a un lien avec les traitements. Mais dans la majorité des cas, il n’y a aucun lien ni avec le VIH, ni avec la trithérapie et simplement on voit se développer des maladies fréquentes liées à l’âge. Peut-être qu’elles surviennent un peu plus tôt chez ces patients et qu’elles sont plus nombreuses que dans la population âgée qui n’est pas concernée par le VIH mais c’est vrai que c’est encore assez difficile de dire si c’est des pathologies plus fréquentes et qui surviennent plus tôt. On a l’impression mais je pense que notre étude n’est pas suffisamment importante, suffisamment forte pour l’affirmer.

On doit tous se préparer à mourir un jour ou l’autre. Ça c’est sûr. Mais ce que je pense tirer de positif de cette étude c’est qu’il y a tout un tas de pathologies que l’on peut dépister tôt. Et en les dépistant, en les traitant tôt, on va prévenir un certain nombre de maladies. Et donc, l’intérêt de cette étude, c’est de montrer par exemple que, parmi les maladies très fréquentes chez les personnes infectées par le VIH de plus de 60 ans, il y a les maladies métaboliques, mais il y a aussi les cancers. Et dans ces cancers, un certain nombre d’entre eux peuvent être recherchés à un stade précoce, peuvent être dépistés et ensuite peuvent être traités et guéris. Et donc à ce moment-là le cancer n’est plus une cause de décès mais il va pouvoir être dépisté, traité et guéri. Donc, moi ce que je ressors de tout ça c’est l’importance pour une personne qui a une pathologie VIH, qui avance en âge d’avoir ce que j’appellerai un plan personnalisé de soins. C’est-à-dire de savoir à quel type de pathologie elle doit faire face et quels sont les examens qu’elle doit faire assez régulièrement. Il ne s’agit pas de faire des examens tous les jours. Il ne s’agit pas de se dire oh la la, je vais être malade. Non, il s’agit pas de vivre avec cette crainte permanente ou avec cette obsession. Il s’agit de se dire ma santé, elle nécessite que je fasse assez régulièrement, une fois par an, une fois tous les deux ans, un certain nombre d’examens afin de dépister des pathologies et de pouvoir agir vite pour éviter de tomber malade. C’est en ce sens que cette étude nous éclaire sur qu’est-ce qu’il faut rechercher, quels sont les maladies à dépister pour pouvoir rester en bonne santé plus longtemps.

La cause principale du décès, ce sont les cancers. C’est là-dessus qu’il va falloir effectivement être le plus actif. Le cancer, on sait que dans la population générale, c’est la cause la plus fréquente de décès. Donc on retrouve ça maintenant aussi dans la population infectée par le VIH âgée de plus de 60 ans. C’est là-dessus qu’il faut mettre le paquet. Il y a des cancers malheureusement qu’on ne peut pas éviter et il y a des cancers qu’on peut éviter. Il y a des cancers qu’on ne peut pas dépister et puis au contraire il y a des cancers qu’on peut dépister. Donc je crois qu’il faut se focaliser et se battre là-dessus, sur les risques de cancers qu’il y a dans la population infectée par le VIH, comment les dépister, comment les traiter tôt pour pouvoir les guérir.

Les maladies métaboliques alors là, elles sont effectivement très fréquentes. Il faut voir que la population qu’on a étudiée était porteuse du VIH en moyenne depuis une dizaine d’années. Donc elle avait été la première malheureusement à prendre les premières trithérapies qui étaient assez toxiques, notamment celle à base d’AZT, de D4T et que tout ça a provoqué pas mal de lipodystrophies, de troubles lipidiques, de cholestérol, triglycéride, diabète. Donc ces maladies-là étaient très fréquentes dans la population qu’on a étudiée, mais c’était une population qui avait été exposée aux traitements anciens contre le VIH. Il y a aussi un point qu’on a trouvé dans cette étude et qui est important, c’est qu’il faut faire très attention avec la fonction rénale. On sait que quand on prend des médicaments, les médicaments vont être éliminés de l’organisme, soit par les reins, soit par le foie et qu’en vieillissant les reins, le foie, peut-être font moins bien leur fonction. C’est un petit peu le vieillissement général de l’organisme et que donc qu’il y a des risques de surdosage des médicaments chez les personnes âgées. Il faut être particulièrement attentifs à éviter les surdosages notamment en antirétroviraux parce qu’évidemment, s’ils sont surdosés, ils vont être encore plus toxiques.

Norton : J’ai une hépatite C que je ne fais pas soigner mais que je fais contrôler régulièrement et puis donc, de ce côté-là, on me dit que ça va, qu’il n’y a pas à précipiter de faire un traitement. Et puis oui, je fume donc, j’aimerai bien arrêter mais ce n’est pas évident tout seul.

Sandra : Il y a les cigarettes électroniques, tu connais ?

Norton : Cette semaine c’est ce que je pensais en allait voir ma patronne, demander à un médecin si vraiment c’est efficace parce que je vois, il y a des nouvelles boutiques de ça. D’après ce qui en est dit oui, apparemment diminution du tabac, voire arrêter. Mais après ça dépend la personne, l’individu. Tu sais ce que c’est d’essayer d’arrêter de fumer. Il n’y a pas que la cigarette après il y a les nerfs, le comportement.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE