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60. Comment s’épanouir quand on craint le village ?

60. Comment s’épanouir quand on craint le village ?

Sandra : Peut-on avoir une bonne santé sexuelle si on est stigmatisé ?

Johnson : Puisque dans la définition nous avons vu que la santé sexuelle implique aussi l’élément social. Effectivement, si on est stigmatisé, on ne peut pas avoir une bonne santé sexuelle. Le fait d’être stigmatisé ça dérange un peu psychologiquement au niveau moral, mental on est rabaissé. Donc je ne pense pas qu’on puisse être épanoui au niveau sexuel avec la discrimination. Je pense que s’il y a discrimination, pour moi il n’y a pas vraiment de santé sexuelle au sens réel du terme.

Sandra : Aurais-tu des exemples de stigmatisation qui empêcherait d’avoir une bonne santé sexuelle ?

Johnson : Par exemple nous sommes dans le village. Tout le monde sait que je suis séropositif. Quand je vais vouloir aller vers une jeune fille, elle va me fuir parce que je suis séropositif. Du coup je suis mis à l’écart par ma société. Je ne peux pas avoir de relations sexuelles épanouies avec une personne. Avec la discrimination, la santé sexuelle n’est pas possible. Déjà moi-même je suis moralement rabaissé. Puis mon environnement ne m’accepte pas, me rejette et il sera difficile d’aller vers quelqu’un pour avoir une relation affectueuse avec la personne.

Sandra : Comment avoir une bonne santé sexuelle si on est rejeté comme l’exprime Johnson ?

Antigone Charalambous : Comment on fait ? Déjà on fait avec. En fait, on fait avec parce qu’on est obligé de faire avec, on subit. Donc à partir du moment où on subit, c’est-à-dire on est dans une position où on exerce une domination sur nous, il y a une prise de pouvoir où on est dépossédé de notre dignité humaine. Être discriminé c’est aussi subir, ça implique aussi socialement une forme d’humiliation. On sait que l’humiliation comment elle est délétère pour l’estime de soi, la confiance en soi. La santé sexuelle implique la notion de droit sexuel pour le coup, qu’on est censé reconnaitre à n’importe quel être humain. Donc le droit à ce que sa sexualité et sa personne aussi soient respectées. Je ne vois pas pourquoi ou comment on pourrait bannir quelqu’un parce qu’il est diabétique. Ca c’est l’atteinte on va dire social d’une pathologie quelconque. Le VIH a été très stigmatisé dans les premières années de la découverte du virus, ne l’oublions pas avec toutes sortes de fantasmatiques et de représentations autour de cette pathologie. Il y a tout un travail de déconstruction à faire encore il me semble. Comment est-ce qu’on le fait ? On le fait à travers il me semble aussi l’information et l’éducation. L’exemple que prenait Johnson de la jeune fille qui le rejette, dans son exemple la jeune fille le rejette à cause du VIH. Si ça se trouve par ailleurs elle l’appréciait tout particulièrement. Du coup comment l’information peut protéger et aussi préserver nos relations à l’autre. Là-dessus, une idée qu’avait été dite lors de la journée de la santé sexuelle au COREVIH [[Coordination Régionale de la lutte contre le Virus de L’Immunodéficience Humaine]], c’est que l’éducation sexuelle va être faite qu’on la fasse ou pas, c’est-à-dire que les messages vont être envoyés. Dans le village dont Johnson parlait, il n’y a pas besoin qu’on explique à quelqu’un que le VIH est entre guillemets mauvais, il le sait de par le rejet des personnes qui le portent. L’éducation sexuelle dont nous voudrions être porteur c’est une éducation, une information qui permet, qui autorise aux personnes de vivre, pas qui les empêche ou qui les limites de vivre. Le VIH ou la séropositivité n’est limitant que quand on ignore comment faire avec. Sinon il ne l’est pas me semble-t-il.

Johnson : Je vais ajouter que le problème n’est pas au niveau de la maladie, de l’infection. Le problème est de ce qu’on en pense et des comportements autour de cette épidémie. C’est ce qui complique un peu la situation. Pour certains la pathologie c’est déjà la mort. Dès qu’on pense au sida c’est la mort automatiquement. Ça fait qu’on fuit en quelque sorte celui qui est infecté. On ne sait même pas faire la différence entre la personne vivant avec le VIH et la personne qui fait le sida, c’est-à-dire qui fait la maladie. C’est deux personnes différentes. Une personne positive avec la maladie, elle fait la maladie, elle a le virus dans son corps, mais elle se porte bien et une autre personne fait la maladie. Tout ça, puisqu’il y a une question d’ignorance, on pense que tout le monde est pareil et que dès qu’on dit sida, tout le monde fuit. Et puis la personne elle-même qui est infectée, a-t-elle assez d’informations, assez de ressources pour résister à tout ce qui se passe autour d’elle ? Ce n’est pas parce que les gens me voient mal que je vais forcément me laisser abattre ou aller à la mort. Il faut que je résiste et que je vive. Mais tout cela n’est possible que s’il y a autour de moi de l’information, si je suis bien suivi, si je suis bien encadré par les spécialistes, ça peut me mettre en confiance, ça peut me donner de changer ma mentalité par exemple sur ce qu’on appelle VIH aujourd’hui. Aujourd’hui moi je vis, c’est-à-dire je vis comme tout homme. C’est dans les premières années que j’ai pleuré, que j’ai été abattu, mais aujourd’hui je suis capable d’aider quelqu’un qui vient d’apprendre sa sérologie, l’aider à comprendre que ce n’est vraiment rien. L’OMS [[Organisation mondiale de la santé]] a donné l’information que par exemple le paludisme en Afrique tue plus que le sida. Il y a même d’autres maladies qui sont plus compliquées. Donc l’ignorance aussi de celui qui a l’infection, l’ignorance de ceux qui sont autour de lui, tout cela complique la situation.

Sandra : Je dirai même que parfois les gens ne font pas la différence entre la personne et le virus. Tu n’es pas un virus quoi.

Antigone Charalambous : C’est la raison pour laquelle pleins de personnes taisent leur séropositivité. En couple ou pas. Dans certains cas malheureusement c’est protecteur. La question ne devrait même pas se poser. Mais c’est protecteur. C’est sans doute protecteur.

Sandra : Comment ça la question ne devrait pas se poser ?

Antigone Charalambous : Elle ne devrait pas se poser parce que déclarer sa séropositivité ne devrait pas être une question d’hésitation, de difficultés pour une personne. Déjà en plus c’est tout son droit de le dire ou de le taire. Pour le coup ça ne regarde personne parce que ça n’influe en rien. Par exemple dans le milieu du travail, là pour le coup, il me semble selon l’étude VESPA [[VIH : Enquête sur les personnes atteintes]] il y a vraiment 5% seulement des personnes qui le disent sur leur lieu de travail. Bien courageuses je trouve parce qu’en effet la discrimination pour le coup sur le lieu de travail existe et c’est un fait.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE

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